Archive la catégorie ‘Bible’

Braise et cendre… et le pain de la marche

Mercredi, février 25th, 2009

Mercredi des Cendres et retour du carême. Montagnards et marcheurs, navigateurs ou sportifs, et tant d’autres, connaissent ces temps de préparation avant l’événement attendu de tout leur être. Et pour le coup ici, abordant donc le carême, la préparation est essentielle, ligne fine à suivre pour que la vie tout entière passe à la clarté de Pâques. Temps de l’apprentissage, comme à nouveau, du goût de la Parole et de l’essentiel. Suivre le chemin d’Elie jusqu’à la montagne sainte où, passé le fracas des éléments, il entend une voix de fin silence, qui orientera sa vie (Premier livre des Rois, chapitre 19). Retrouver le goût de la Parole et du pain, de la simplicité, de l’essentiel, laisser notre vie reprendre au sens le plus fort son orient, la source qui la fonde.

Le chrétien aujourd’hui reçoit les cendres. Geste très ancien, venu des temps les plus profonds de la bible. Sous la cendre, retrouver la braise de Dieu et la laisser prendre.

Des voix de prophètes appellent au coeur de ce silence, ils laissent entendre puissamment la voix de Dieu : « Revenez à moi de tout votre coeur, déchirez vos coeurs et non pas vos vêtements, et revenez au Seigneur votre Dieu, car il est tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d’amour…». Oui, « c’est maintenant le moment favorable, confirme Paul. Au nom du Christ, nous vous le demandons, laissez-vous réconcilier avec Dieu. » (Prophète Joël et l’apôtre Paul aux Corinthiens).

Quarante jours donc, pour reprendre souffle et retrouver le goût de la Rencontre, unique, qui fonde nos vies.

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Alina Reyes parle magnifiquement de ce temps dans Panorama ce mois-ci, en un long entretien : « Je vais vivre mon premier carême ! ». A lire, ou à retrouver sous une autre forme ici, ou ici.

Sur les pas d’Elie (le prophète)

Mardi, février 17th, 2009

J’évoquais hier les Carmes, dont on sait qu’ils se reconnaissent héritiers spirituels du grand prophète biblique Elie (9ème siècle av. J.C., aux abords du Mont… Carmel). Il faut relire dans la Bible les chapitres magnifiques évoquant ce prophète (Premier livre des Rois chapitre 17, jusqu’au chapitre 2 du deuxième livre… mais ils sont courts !). Dans le couvent d’Avon, un lieu de prière aux dimensions très larges mais tout dépouillé porte son nom : oratoire Saint Elie.

Chapelle Saint Elie (Carmes d'Avon)

Chapelle Saint Elie (Carmes d'Avon)

 J’ai voulu vous le montrer ici, dans son dépouillement. Pour le goûter dans cette sobriété, il faut lire en particulier le Premier livre des Rois dans la bible, au chapitre 19, avec éventuellement les deux précédents pour se laisser emporter. Elie est en fuite devant la redoutable reine Jézabel. C’est pourtant un prophète à la parole et à l’audace étonnantes. Il a défié les prophètes des baals, ces divinités païennes associées en Canaan aux cultes de fécondité. Il les a défiés tant et si bien que la Bible sans ambage mais pas sans souffle épique à la manière des chansons de geste, dit qu’il en trucida 450 sans sourciller ! Le même, l’instant d’après, est terrifié devant la menace de Jézabel. A peine croyable. Mais il fuit. Il est surtout dans l’épuisement de sa tâche prophétique qui le met seul contre tous, ce que dit bien le texte étonnant que je viens d’évoquer.

Il fuit son lieu. Du Nord il part plein sud, laisse ses serviteurs et s’enfonce plus encore vers le sud, dans le désert qu’un jour parcoururent Moïse et les Hébreux. Mais là, pas plus valeureux qu’eux, il se couche pour mourir. Mais l’ange le réveille à trois reprises et lui dit : « prends et mange ! ». A son chevet une galette de pain et une gourde d’eau. Alors, fortifié par cette nourriture, il poursuivit le chemin jusqu’à la montagne de Dieu, l’Horeb. Là il verra de véritables bouleversements cosmiques comme ceux qui accompagnaient la manifestation de Dieu tandis que Moïse était sur la montagne. Mais pour lui, c’est dans le souffle d’une brise infime qu’il rencontre son Dieu, qui lui dit : « Que fais-tu là ? ». Et c’est par ce souffle infime, cette « voix de fin silence » (selon la magnifique traduction de Lévinas) qu’il est remis en chemin et replacé dans son ministère de prophète, lui qui de découragement ou d’épuisement, le fuyait !

Chez les carmes d’Avon, dans l’oratoire, un livre de la Parole – une solide bible – sur une table, Parole donnée en nourriture. Une outre suspendue, en bois magnifiquement sculpté, contient la présence de Dieu, en sa forme surprenante, dans le culte chrétien, du peu de pain de l’Eucharistie, présence réelle de Dieu… C’est de cette présence de Dieu que se nourrit le prophète, comme aussi le chrétien. Un bois d’arbre à peine retravaillé et splendide, évoque le Christ ressuscité, les bras en croix ouverts et tout en mouvement.

Christ en gloire - chapelle Saint Elie - Avon

Christ en gloire - chapelle Saint Elie - Avon

Liver de la Parole - chapelle saint Elie

Livre de la Parole - chapelle saint Elie

Nourriture et Présence en chemin

Nourriture et Présence en chemin

 

 

 

 

 

 

 

Tabernacle, lieu de la Présence - chapelle saint Elie

Tabernacle, lieu de la Présence - chapelle saint Elie

Je vous donne ce lieu, en quelques photos. Pour vous soutenir vous aussi dans le voyage – de vos tâches et de votre vie. Oui, en signe de la présence discrète mais indéfectible de Dieu.

 

Israël retient son souffle

Lundi, février 9th, 2009

Oui, Israël vote ce mardi. Un vote attendu. Les événements de Gaza n’étaient probablement pas étrangers à cette effervescence montante. On dit les candidats au coude à coude, et les plus radicaux arbitreront. Le pèlerin de Terre sainte ne se sent pas étranger à toute cette effervescence et aux décisions qui vont se prendre et marquer une nouvelle étape de l’histoire. Il prie le ciel d’être aussi étoilé que celui que contempla Abraham tandis que Dieu lui faisait une promesse de bonheur « pour tous les peuple de la terre » (il faut relire le magnifique chapitre 12 de la Genèse, qui n’en finit pas de résonner encore dans tous les chapitres qui suivent).

Le pèlerin prie pour la paix dans cette terre d’incarnation. Il sait qu’il ne peut rêver, mais seulement prier, de tout son être, arcbouté sur la prière et sur le ciel comme le fut Moïse un jour où Israël affrontait un défi majeur pour sa survie. Moïse alors monta avec quelques uns au sommet de la colline dominant le champ de l’affrontement contre les Amalécites (et on peut aussi relire le livre de l’Exode au chapitre 17). Le récit est assez imagé pour poursuivre ainsi : « [...] Mais les mains de Moïse s’alourdissaient. On prit une pierre, on la plaça derrière lui, et il s’assit dessus. Aaron et Hour lui soutenaient les mains, l’un d’un côté, l’autre de l’autre. Ainsi les mains de Moïse demeurèrent levées jusqu’au coucher du soleil… » Quand Moïse de fatigue laissait retomber les bras, c’était la déroute d’Israël, qui l’emportait chaque fois que Moïse tenait dans cette rude mission, assis finalement sur une pierre et les bras levés.

Oui, il est des jours où il faut se soutenir ferme dans cette tâche de parler au ciel tandis que la terre cherche son chemin. Manifestement une tâche rude, mais merveilleuse, et à poursuivre sans trêve. Pour cette partie du monde et pour les autres aussi.

Sur la Bible de Lincoln

Mercredi, janvier 21st, 2009

Hier tandis qu’il était 18h00 en France, Barack Obama a prêté serment à Wahington. Sur la bible de Abraham Lincoln, prédecesseur illustre, l’un des présidents favoris des américains. C’est lui qui mit fin à l’esclavage aux Etats Unis.

L’adoption du 13 ème amendement de la Constitution des Etats-Unis intervint le 18 décembre 1865… un peu plus de 6 mois après sa mort, assassiné en avril 1865, à la fin d’une guerre de Sécession qui fut meurtrière. Il avait tenu ferme le parti de garder les  Etats-Unis de la division, et ne s’était pas fait que des amis.

Les mots de Lincoln quelques jours avant étaient forts. Ainsi le 4 mars 1865 : « Sans haine contre personne, avec de la charité envers tous, avec une ferme confiance dans la justice, car Dieu nous permet de reconnaître ce qui est juste, finissons le travail que nous avons commencé [...]. Faire tout notre possible pour réaliser et aimer une paix juste et durable ».

Sans honte, ces hommes comptent sur le ciel quand il faut que le soc de la charrue aille profond, et parfois en terre gelée. Obama a une feuille de route très rude, les deux pieds sur terre et la tête un peu au ciel. C’est ainsi que font les gens de « vision » comme on le dit en anglais. Des gens qui voient loin et beaucoup plus large que l’ordinaire.

Hier le journal La Croix, qui avait comme aujourd’hui de magnifiques pages, en attendant dans quelques heures un Pèlerin magnifique et en images, traçait le portrait du pasteur Joseph Lowery, pasteur méthodiste à qui Obama a confié la bénédiction qui devait conclure la cérémonie d’investiture. Né en 1924, il milita très activement pour la fin de la ségrégation dans les bus et espaces publics. Il travailla aussi avec Martin Luther King, enraciné dans l’option de non-violence. Emprisonné plusieurs fois, puis réhabilité. Il a raconté avoir prié pour que le pays élise un jour un président noir. « Mais je n’ai jamais pensé que je vivrais pour le voir » a-t-il affirmé. Il est des jours où le ciel écoute la terre attentivement, ensemençant les efforts des hommes.

Je vous souhaite de ces jours-là.

Matin d’hiver

Vendredi, janvier 9th, 2009

Tous, ils vont, dans le quotidien…

Petit matin d'hiver sur Paris

Petit matin d'hiver sur Paris

Le tramway - ligne T3

Le tramway - ligne T3

Quand le chemin est libre, filer...

Quand le chemin est libre, filer...

…parcelles d’une Histoire toujours plus grande qui oriente ou aimante le chemin.

Non loin des Champs Elysées

Non loin des Champs Elysées

Tenir, parfois quoi qu’il en soit

Jeudi, janvier 8th, 2009
Résister dans le froid de l'hiver

Résister dans le froid de l'hiver

Résister au froid

Résister au froid

Résister et tenir

Résister et tenir

seul... ?

seul... ?

La météo résonne parfois comme un signal intérieur. Et la nature secrètement parle à qui veut bien entendre. Correspondance entre ce qui est donné à voir, entendre, comprendre, et l’espace intérieur. Correspondance entre le quotidien et le monde.
Marcher parfois pensif, pour entendre le chant du monde. Regarder et parfois malgré tout, se prendre à espérer. Marche de pèlerin parfois sur le bas côté, parfois au centre des événements du monde. Et aussi longtemps que dure l’hiver.

Fèves et marche royale

Lundi, janvier 5th, 2009

Il suffit de tomber sur la fève et l’on voit se lever le soleil. La  forme de la galette l’évoque. Et la fête chrétienne de l’Epiphanie  célèbre le Christ comme le soleil venant en ce monde, suivant ainsi les Ecritures. Ainsi la fève crée des rois autour des tables familiales et amicales. Ils prennent la couronne et choisissent la reine. Et la vie continue, plutôt en fête.

Mais si l’on y pense, la fève et devenir « roi », c’est en fait tout un programme qui requiert même de l’audace et un engagement bien au-delà des douceurs – appréciables – de la fragipane. Le roi dans la bible a un projet, qui n’est pas le sien. C’est le projet de Dieu, au-delà de ce que peut porter un homme. On y parle de paix, dont il sera garant, dont il sera l’auteur. Il veillera sur le pauvre et l’orphelin et créera le bonheur de son peuple. Ce jour-là ce sera le bonheur pour tous.

Les Ecritures anciennes ont une audace infinie, qui pourrait beaucoup nous inspirer. En goûtant à la frangipane, on s’en rapproche inconsciemment. En tombant sur la fève, on part peut-être en cette direction, comme les navires gros et petits appareillent pour la haute mer, pour les grands larges. Je vous renouvelle mes voeux, des voeux de grand large, de bonheur, de projets forts, de solidarité aussi.

Mais je sais, je parle de fève, de rois et d’Ecritures tandis qu’à Gaza l’artillerie est implacable et des peuples exsangues d’espérance, dans une vie quotidienne noire. Cela me travaille. J’y reviens. Pour aujourd’hui, je resterai sur le versant de la montagne où le soleil se lève, sans oublier pourtant la face Nord. Pour demain !

Ouverture

Vendredi, janvier 2nd, 2009

Ouverture de l’année nouvelle ! La ronde animée des rues commerçantes a marqué la trêve. Le mouvement a été vif, rapide, le temps de tout boucler avant la – ou les - fête. Un autre mouvement a pris celui-là en relais, celui des va et vient multiples dans lesquels familles et amis aiment se retrouver pour le temps particulier de la fin d’année et des passages… Le passage de l’ange dans la nuit – toujours étoilée ! - de Noël, le passage un peu plus mystérieux peut-être, paradoxalement, de la nuit du Nouvel an, passage d’une année à l’autre ! 

C’est pour cela disent les sociologues et anthropologues, que depuis toujours en cette nuit là on fait du bruit et les rites sont multiples dans les populations, selon les régions et pays, pour tenter de frayer au bonheur le début d’un chemin, pour qu’il s’y attache et s’y fixe le reste du temps. Oui, de multiples rites, que nous connaissons bien, dans lesquels on ouvre le sillon le mieux possible, pour que l’année entière s’y inscrive. On a alors l’impression de partir au large ou encore d’ouvrir une page toute neuve, non salie, non écrite, vierge comme la neige qui tombe ici et là et même sur Paris en ces premières heures de l’année nouvelle.

Ainsi nous passons ou sautons peut-être d’une année dans l’autre, comme d’un train dans un autre quand la correspondance est brève, en rêvant que le tracé du chemin et la direction soient les bonnes !

Alors prenons le pas alerte malgré la fine couche de neige et les risques annoncés de verglas. Faisons le pari et le voeu que le voyage sera bon. Ce voeu, comme le caillou trace dans le lac une série de remous en ondes concentriques, prend à son tour en relais les lieux, ici et ailleurs, en particulier peut-être ceux plus exposés au froid.

On se prend bien-sûr en ces instants, à relire la Bible en des pages privilégiées, fixant l’étoile pour notre marche de mages ou de simples marcheurs. Des mots qui doucement tracent une ligne d’horizon ou placent un secret aimant pour le quotidien. Ainsi ces lignes par exemple, quand s’ouvre l’année, et dont je fais pour chacun des souhaits au gout d’infini. Je les trouve dans les tout premiers livres de la Bible : « Yhwh parla à Moïse et dit :  »Parle à Aaron et à ses fils et dis-leur :Voici comment vous bénirez les Israélites. Vous leur direz : ‘Que Yhwh te bénisse et te garde ! Que Yhwh fasse pour toi rayonner son visage et te fasse grâce ! Que Yhwh te découvre sa face et t’apporte la paix !’ Qu’ils mettent ainsi mon nom sur les Israélites, et je les bénirai. » » (Livre des Nombres ch. 6, v. 22-27)

Et l’on aura compris que cette bénédiction est pour tous !