Archive la catégorie ‘Correspondance’

La foi, comme un petit matin

Mercredi, mars 10th, 2010

En écrivant ces mots : la foi comme un petit matin, je pense au petit matin de Pâques. Lisant il y a quelques jours sur ce blog la note sur Decoin, Dieu et nous : la foi et la marche, des voix amies en effet m’ont interrogé sur le mot doute lorsque l’on parle de la foi. Et je repense à un vieil ami de… plus de 90 ans, qui vient de poursuivre son chemin vers l’éternité, entrepris intérieurement depuis beaucoup plus longtemps. Il aimait me parler de Dieu, et de la foi qui saisit et transforme une vie. Mais il y a peu, il me disait, après le décès de sa femme, que lui aussi allait la rejoindre, qu’il était avec elle, dans la lumière. Et il précisait, « pour moi, ce n’est même pas la foi, c’est la certitude ». Et ces mots m’ont travaillé. Ce sont ceux de Didier Decoin l’autre jour.

Je pense aussi à Jacob, luttant avec un inconnu dans la nuit, au passage du gué du Yaboq (Genèse ch. 32). C’est dans la nuit (comme le dit aussi St Jean de la Croix dans un poème magnifique que se lèguent les générations), qu’il vécut ce combat dont l’enjeu était une rencontre étonnante de Dieu, et sa bénédiction, qui marquait pour toujours Jacob.

Le mot doute renvoie au fait qu’il faut parfois du temps à l’homme pour reposer sur Dieu ou en Dieu.  Et qu’il le cherche parfois aussi de nuit, ce qui coûte à tant de femmes et d’hommes. Le mot hébreu pour dire la foi dérive de la racine que nous connaissons bien par le mot Amen, qui signifie beaucoup plus que ce qu’on en dit d’habitude, quand on dit rapidement « dire : Oui amen à tout ». En hébreu, cette racine évoque ce qui est stable, fiable et sûr, comme un granit de montagne pour le montagnard, comme Dieu sur qui l’on peut se poser ou reposer, sur lequel on peut « tenir » (le mot est souvent traduit ainsi dans la bible). Et le chemin de l’homme se fraie le passage jusqu’à cette confiance totale, à un rythme très différent selon les êtres. Tant d’hommes et de femmes peinent en chemin… et/ou se pensent loin de « tout ça » quand souvent ils en sont proches, très proches, car la foi est comme la terre, qui tandis qu’une part d’elle-même est dans la lumière, est pour l’autre part dans l’ombre. Et l’humanité, ce serait une belle parabole aussi de la foi, est ainsi solidaire, les deux faces du globe se complétant, solidaires et l’une étant une part de l’autre et réciproquement. Et la clarté baigne l’ensemble successivement. Ici s’arrête peut-être la parabole (car la foi n’est pas cyclique).

C’est pourquoi j’écris et pense fermement, que Dieu veille. Il traverse ces zones d’ombres et de lumière qui parfois partagent les êtres… comme ce petit matin d’hiver en montagne dont je ne résiste pas à mettre la photo en grand ici. Comme un petit matin de résurrection dont la lumière se laisse pressentir… et gagne peu à peu le tout.

Eloge du négatif

Vendredi, février 26th, 2010

Surpris en rentrant ce soir : un panneau d’affichage urbain plaide « l’éloge du négatif ». Un instant d’hésitation. Une apologie supplémentaire de tout et son contraire ? A priori je ne suis pas preneur. Mais vite le sous-titre de l’exposition : Éloge du négatif, les débuts de la photographie sur papier en Italie (1846-1862) [Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris, avenue Winston-Churchill, Paris 8e. 01.53.43.40.00. www.petitpalais.paris.fr du 18 février au 2 mai]… Inattendu, mais pas mal (ci-dessous la photo de l’affiche).

Alors je me suis mis à penser aux envers d’images qui sont dans nos vies. Je pensais même au Carême, en pensant qu’il pourrait y avoir peut-être à travers cela, pour qui veut bien, une parabole cachée. Et si le carême était le temps de bien voir justement : le feu sous la cendre, la lumière sous la grisaille, la révélation – comme on dit en photo… et aussi en théologie ! – à travers même l’obscur. Voilà mes pensées du soir. Voir la lumière même à travers l’obscur. Et récirpoquement peut-être, percevoir l’obscur même en plein jour et en pleine lumière. Ce qui revient à ne pas être dupe ou en autres termes, à un travail de discernement, quoi qu’il en soit.

Je suis parti en me disant que finalement, il est bon ce titre. Il donne à voir. Et à penser. Envie de voir l’expo.

Mesures d’infini

Dimanche, mars 8th, 2009

Ainsi de temps à autre le regard saisit une mesure d’infini, infiniment plus grande qu’une mesure de musique, et pourtant en connivence étrange, tant la musique est grande et belle. Comme les anneaux d’infini à l’entour de notre planète ou des autres, de notre immense galaxie, répliques d’autres anneaux encore, d’infiniment grand aussi bien que d’infiniment petit. Le mot de Pascal me revient souvent, mais sans frayeur aucune, mouvement plutôt de contemplation profonde : « Le silence de ces espaces infinis m’effraie ». Beauté infinie !

Ces quelques notes, du pays où naissent les notes en reflets immenses, juste pour la contemplation, la beauté. Bon dimanche !

Mer de sel et de souffre

Samedi, février 28th, 2009

Près de la mer morte, où tout n’est que sel et souffre et chaleur sèche. Mer infiniment bleue, abords de sècheresse, vue sur les monts de Jordanie…
Ce paysage a tant de répliques secrètes, à l’intérieur de soi, dans des pages de vie, aux abords de conflits multiples (Martinique, Sri lanka, Gaza et tant d’autres lieux).

Trace de printemps et souffle marcheur

Lundi, février 23rd, 2009

Depuis quelques jours, du moins ici, ce n’est pas que la météo soit plus belle ou plus clémente, mais les oiseaux chantent, en particulier dans la clarté du matin, comme s’ils voulaient annoncer la venue proche du printemps. Les arbres aussi bourgeonnent. Et il devient sensible que les jours rallongent. Le coeur y est et l’on veut y croire, pour la nature comme pour les conflits du moment… Et comme peut-être en chacun.

Car il y faut du courage

Mercredi, février 18th, 2009

Dans les hauteurs, ils glissent sur les pistes, grand ciel bleu… on l’espère. Dans les îles lointaines et si proches de nous, c’est l’inquiétude qui prévaut, et tout ce que dicte la crainte du lendemain quand elle se fait sentir de façon trop brutale. Et nous nous allons, étrangers ni aux uns ni aux autres, aspirant aussi à un ciel plus bleu… pour tous.

Avec quelques couleurs de nature pyrénéenne toute en mouvement, j’en fais mon souhait pour vous aujourd’hui. Oui, un peu de ciel bleu… pour tous !

Mais je retrouve cette brève prière du Frère Roger de Taizé et la partage avec vous aussi, comme une ouverture ou un tracé de lumière, où que l’on soit, où que l’on en soit : « Jésus, lumière de nos vies, priait-il, tu connais nos fragilités, mais tu viens les transfigurer. Regardant vers ta parole, nous attendons que l’astre du matin illumine nos coeurs et qu’une espérance se lève sur le monde, comme un jour nouveau qui déjà commence à poindre ».

A la chapelle saint Elie, n’était-ce pas aussi ce qui était signifié ? Pour tous.

Clair-obscur dans les Pyrenees - à Lourdes

Clair-obscur dans les Pyrenees - à Lourdes

Colverts sur le Gave

Colverts sur le Gave

 

Sous la pluie et la neige, la trace

Jeudi, février 12th, 2009

Sous la pluie et la neige, la trace de la grâce, la trace de la recherche de femmes et d’hommes en quête de lumière, de ciel, de sens, de vivre. La trace de leurs chemins, la trace aussi de leurs paroles, souvent marquées de l’empreinte de délicatesse des chercheurs de Dieu. A Lourdes cela se voit, comme en de nombreux autres lieux.

Souvent je pense que la terre et le ciel se rejoignent. J’aime cette figure de style souvent vérifiable en montagne ou en mer, ou par temps de brume. C’est tangible aussi si on veut bien le voir, sous la neige et la pluie. C’est tangible dans des paroles, des regards, la recherche, le travail, des rencontres… J’aime cette parole, qui me travaille, dans les mots du Notre Père : « sur la terre comme au ciel… ». Un défi, un programme, une ouverture !

Ces photos [ci-dessous] disent Lourdes sous la grisaille et la pluie… et pourtant en discrète et profonde lumière.

Arcboutés sur la prière et sur le ciel

Mardi, février 10th, 2009

Ce soir je suis à Lourdes. La pluie est froide, mais le coeur des milliers de pèlerins présents est chaud. Et dans la nuit et la douce lumière que portent les pèlerins, le chant monte, comme une seule voix qui semble tutoyer le ciel, lui parlant ou lui chantant selon les moments, le cri de la terre et du monde, de ses espoirs, de ses attentes, de ses inquiétudes, de sa passion de vivre et d’aimer. En Israël, ils votent ou viennent de voter tout au long de la journée, et je ne peux l’oublier. Au moment où j’écris cette note, je ne connais pas les résultats de cette élection. Juste un sondage sortie des urnes donnant Kadima en légère avance sur le parti de Benyamin Nétanyahou, contrairement aux estimations et prévisions récentes. Mais les indications de ce sondage sont encore minces. Les choses, nous le savons bien, sont dans la réalité beaucoup plus complexes.

Dans la nuit, dans le chant, dans le souffle froid alternant avec la pluie, face à une lune pâle qui laisse apparaître successivement et lentement quelques nuages, éclairés doucement quand ils passent dans son rayon de lumière, je pense, intensément, à la paix. Je prie, intensément, pour la paix, pour ces élections, pour tous. Pour les familles – j’en connais tant – pour les gens seuls, ceux qui tracent leur chemin avec le sentiment de guère plus de lumière que cette lune pâle, mais pourtant réelle et belle dans la nuit.

Lourdes a le coeur qui bat toujours au rythme du monde et à celui du ciel, en même temps. La vie est faite souvent de ce double mouvement se rejoignant ou tentant de le faire, même si c’est parfois en léger décalage, en légère arythmie, en secrète tension. Comme va aussi, souvent, le pas du pèlerin.

Blancheur, neige et suspens

Samedi, février 7th, 2009

Voilà ! Je parlais du blanc, et du pèlerin en blanc. Ils étaient nombreux aujourd’hui, à fendre le vent dans les tourbillons de neige. Embouteillages massifs en région parisienne, mais féérie aussi de la neige qui tombe et redonne on ne sait comment des airs d’enfance à nos esprits d’adultes. Grand tourbillon ! C’est encore l’hiver, et un je ne sais quoi de repos intérieur, sous le voile de tulle qui flotte dans la ville et sur la campagne.

Oui, un voile léger, le temps que la pensée s’envole. Le monde poursuit son cours, de toutes parts, mais la pensée marque une pause. Bon week-end ! Que ce dimanche soit beau, ce jour que les chrétiens, depuis le temps des évangiles, aiment appeler le premier jour de la semaine. Celui en fait où tout commence, au petit matin du tombeau vide et de la résurrection.

Le pèlerin vêtu de blanc

Jeudi, février 5th, 2009

Le regard porte, inlassablement, sur la marche, toujours infinie, des pèlerins et des marcheurs. Nous en croisons tant, et faisons partie du nombre. Car si l’on est acteur de la marche, elle nous le rend largement. Au fil de la marche, celle-ci remodèle ou reconfigure le marcheur, faisant se rencontrer étonnamment l’extérieur et l’intérieur.

Il y a quelques jours, je disais les couleurs des marches, comme celle des arc-en-ciel, ou comme on dit aussi les couleurs du temps… et les couleurs intérieures ! Il me semble que si l’on enlevait la couleur, partout, rien ne pourrait plus véritablement atteindre l’intérieur.

Et surprise, ce matin, de croiser à la fraîche le pèlerin vêtu de blanc. Numéro original de la revue du même nom, qui me fait imaginer aussitôt le pèlerin sur ses chemins, et un peu nous-mêmes. Un numéro tout en blanc ! C’est le titre. On regarde étonné la couverture, écrite presque ton sur ton (si l’on peut dire !), puis ce sont à l’infini des fondus enchaînés blanc et couleurs, devenues tendres de cotoyer de si près et si durablement le blanc. Et c’est, par les temps qui courent, Benoît XVI, l’homme en blanc, sur fond blanc, et quelques autres personnalités, tout décor emporté autour d’eux par cette clarté ambiante. Sûr que le rouge ou l’orange, ou encore le bleu, ressortent comme ont les voit rarement, sur ce fond de décor, avant que l’on ne nous parle de « soif de pureté »… Sûr aussi que de lire « Job et le visage de Dieu » sur fond blanc, est une sorte de parabole immédiate, à la fois de la force et de l’humilité infinie du langage quand on parvient à parler de lui.

Et peut-être serait-ce là que mène le chemin du pèlerin… vêtu de blanc. A mieux apercevoir les contours de ce visage (de Dieu) qui se laisse au fil des jours apercevoir, ton sur ton, sur des visages, un fond de silence, des événements, qui ont cette discrétion. Je vous souhaite pour aujourd’hui de ces chemins, à la fois blancs et divins !

Et à vous retrouver, sur une nouvelle page blanche… que je tenterai à nouveau d’écrire s’il est possible ton sur ton !