Ruquier face à Clara Rojas: manque de hauteur

Je ne suis pas un fervent de Ruquier ni de l’émission que propose la chaîne publique le samedi soir : On n’est pas couché. Le hasard ce samedi m’a fait croiser cette émission, à laquelle participait Clara Rojas, l’ex-otage des FARC qui accoucha dans la jungle. Fadela Amara était également présente sur le plateau. Difficile dans une émission qui adore le style variétés en rase-mottes et parfois en piqué, de passer sans transition à une interview qui pouvait être tout, sauf banale. Et on est resté à mon avis franchement au-dessous de la moyenne, ce que je trouve assez triste, voire affligeant.

La hauteur – ou la profondeur du sujet, comme on voudra – amenait à souhaiter un traitement élevé de la question. Devant une femme demeurée des années dans l’enfer de l’isolement et de la jungle, et ayant traversé les événements bouleversants qu’elle a connus, on aurait aimé une parole qui ouvre à la parole, sur ces questions redoutables et essentielles. Clara Rojas a prononcé presque d’entrée le mot dramatique. Dès lors le rire ou le sourire entendu n’avaient plus leur place. Laurent Ruquier a fait de son mieux, mais en demeurant victime du style de l’émission. Eric Naulleau et Eric Zemmour ont tenté aussi de poser quelques questions à la hauteur du sujet, mais de où… ? Il aurait fallu tellement plus ouvrir la parole ! La parole essentielle en ce cas, est en effet celle de la personne à qui l’on pose ces questions. Je préfère je crois le style Picouly.

Clara Rojas a-t-elle raison de publier ce livre (Captive) ? Je ne sais. Mais elle a dit clairement qu’elle le faisait pour comprendre ou réapprivoiser elle-même son histoire, et aussi pour beaucoup d’autres femmes, qui vivent des situations désespérées : pour être pour elles un signe d’espoir. Mais la première question posée portait, d’emblée, sur sa relation avec Ingrid Bétancourt, dont on sait ou comprend bien qu’elle est depuis un certain temps brisée ou en souffrance. Puis bien-sûr des questions sur son fils, dont elle dit avec beauté que son nom à lui seul est un programme : Emmanuel, dit-elle, signifie Dieu avec nous. Oui, dans une jungle sans lumière, puisque c’était aussi une des questions. Et elle a parlé de sa foi. Elle a ou aurait tant d’autres choses à dire encore, on le voit. Oui, dommage de ne pas lui avoir posé au moins l’une ou l’autre question plus ouvertes, pour lui permettre de s’exprimer beaucoup plus longuement : sur le drame qu’elle a vécu. Et sur la source de son espérance au milieu d’une vie qui porte encore la marque de la souffrance.

20/04/2009

4 Réponses pour “Ruquier face à Clara Rojas: manque de hauteur”

  1. Redigé par MARILYNIC:

    Ces questions pourraient donner lieu à un article dans le Pélerin (peut-être, déjà programmé). Si mes souvenirs sont bons, il y en a eu plusieurs avec Ingrid Betancourt. Pourquoi pas avec Clara ROJAS, surtout que la presse à sensation cherche, actuellement, à dénigrer Ingrid Betancourt, et à opposer ces deux femmes.
    Je n’ai pas lu le livre « captive ». Par contre écrire est important pour faire le point, exorciser les démons, tourner une page ou deux. A-t-elle bien fait d’en faire un livre c’est un autre débat. Mais lorsque l’on écrit c’est pour que ce soit lu par quelqu’un, non ? Bien sûr, je ne dis pas à tout le monde de se faire publier !
    Marilynic

  2. Redigé par jacques:

    Merci de ce message…
    amitiés,
    jacques

  3. Redigé par Alina:

    En effet c’est un sujet capital, qui concerne tous les hommes, puisque nous savons que nous sommes tous exposés au risque d’avoir à traverser l’enfer, quelle que soit la forme que prenne cet enfer.
    Nous voyons là, dans le témoignage de ces anciens otages, qu’il n’est pas facile de traverser l’enfer, ni d’en sortir complètement.
    Nous voyons là que seul Dieu, seul l’amour en effet peut sauver, libérer de la mort dans l’âme… et accessoirement, et sans surprise, que la télévision, elle, ne peut pas grand chose pour nous !

  4. Redigé par DELAVOIPIERE:

    Merci de ce message: manque de hauteur. Vous exprimez parfaitement ce que j’ai pensé et regretté. L’émission n’a su s’adapter et respecter son invitée en lui permettant d’ exprimer à un autre niveau son expérience. Quel dommage!
    Merci à Mme Clara Rojas pour son livre, son vécu partagé intimement et sans jugement.