L’itinérant et la déroute

Dans le contexte d’aujourd’hui, de partout, le mot pourrait sonner avec violence. Oui, la déroute, souvent proche, si proche du malheur. Mais les marins eux aussi aujourd’hui ouvrent une voie ou la voie, et donnent au terme un sens heureux, solidaire, qui impressionne et réconcilie un peu avec l’existence.

Le navigateur Jean Le Cam, après son chavirage au large du cap Horn, a passé on le sait des heures noires dans le fond de sa cale retournée, le reste du bâteau prenant l’eau de plus en plus. Un autre concurrent, ce mot qui ne fleure pas très bon la solidarité normalement, s’est dérouté, pour se rendre sur zone et l’appeler depuis son bâteau, dans une mer pourtant formée et forte. Il a tourné plusieurs fois autour de son compagnon parvenu à remonter en surface mais cette fois exposé à la vague. Il a tourné quatre fois, ce qui est beaucoup pour un voilier aux grandes dimensions, quand un homme est à la mer. Et il a pu lui lancer le cordage pour le ramener à bord et le sauver.

Ainsi déroute n’est pas dérive. C’est un acte volontaire, on le mesure ici ! Et la solidarité passe par… ce chemin détourné-là. Comme un jour peut-être les mages se déroutèrent pour rentrer chez eux évitant de servir les projets désastreux d’Hérode.

Pourtant on lit dans le dictionnaire les synonymes peu avenants de ce mot, des mots qui résonnent en nos têtes dès que celui de déroute est prononcé. C’est la  débandade, la  débâcle, la  dispersion, la  retraite, la   fuite, la  reculade, le chaos, le désarroi. Et pour le verbe, même traitement : on leurre, on détourne, on décontenance, on dépayse, on déconcerte. Alors la planche de sauvetage, ce sont les antonymes du verbe. Oui, à l’opposé de la déroute, on suit, on assure.

Donc en mer, ce qu’a fait Vincent Riou en se déroutant (et Armel Le Cléac’h, sur Brit Air, mais c’est Vincent Riou qui a été le premier sur le lieu), c’est l’opposé de la déroute. Il a assuré. Et il a bel et bien assuré son compagnon, comme on le fait aussi en montagne. Oui, pour avancer mieux, on assure quand c’est nécessaire.

Alors un rêve : que l’actualité bouleverse le sens des mots, pour bousculer peut-être aussi le sens des événements, comme dans cette brèche légère aujourd’hui dans l’enfer de Gaza, cette volonté encore timide d’ouvrir un couloir humanitaire.

Ainsi la déroute peut ouvrir le chemin, un chemin… Merci gens des mers et des montagnes.

07/01/2009

2 Réponses pour “L’itinérant et la déroute”

  1. Redigé par Danièle:

    N’est-ce pas lorsque je suis déroutée que je commence à faire la volonté de Dieu ?

    Bonne route !

  2. Redigé par jacques:

    C’est peut-être souvent ainsi, de fait.
    Bonne route à vous aussi.