Des mots bleu pétrole, la dernière couleur de Baschung

Les mots peuvent-ils s’éteindre avec la mort d’un chanteur et poète, qui depuis longtemps, d’abord dans le huis-clos de ceux que l’on ne remarque pas, puis au grand jour, éveillait les mots et ouvrait une fenêtre sur le monde, large et parfois abrupte ? Pour beaucoup, la couleur bleu pétrole, la dernière couleur d’Alain Baschung, prend des reflets de tristesse aujourd’hui. Et chacun avec émotion lui rend hommage !

Des voix se lèvent aussi, en France, à Rome, au Brésil… des voix d’évêques et de pasteurs assumant leur devoir de parole face aux mots trop durs du successeur de Don Helder Camara à Récife [cf. La Croix de ce jour, p. 17-18, à la page suivante, Alain Baschung]. Parmis ces mots ceux par exemple aux accents bibliques, de Mgr Grallet, archevêque de Strasbourg : « [...] Le rappel du droit sans la miséricorde n’est qu’une caricature du droit ! », ou encore ceux de Mgr Francis Deniau, évêque de Nevers : « J’attends des hommes d’Eglise, mes frères, qu’ils n’utilisent pas le nom de Dieu pour condamner des personnes ou les enfermer dans la culpabilité. » On pensait cela en silence, il nous en donne les mots. Et ajoute ceci, réflexion qui donnerait aussi à penser ailleurs : « la solidarité entre évêques impose de dire ses désaccords, sinon elle n’est que complicité. »

Trouver des mots justes pour dire la tendresse où elle manqua, pour dénoncer les violences, pour dire la peine des sans-mots, pour éveiller l’espérance dans les coeurs encore saisis par le froid des hivers, des mots pour faire marcher là où les mots ont tué dans l’élan, ou seulement assigné au silence.

Poètes, chercheurs de justice, gens à la parole simple… chacun, placés face à la responsabilité de trouver les mots justes, à inscrire ou à poser, parfois seulement sur le temps d’un silence, sans bruit aucun. Les mots qui tissent de l’humanité la grandissent.

16/03/2009

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