Trois livres et une nostalgie

Une note un peu plus longue que les autres : à lire avec mesure ! Bonne lecture !

Parmi mes lectures récentes, ne riez pas, celle de deux livres pour enfants ou ados, et d’un autre… résolument pour adultes, mais les trois curieusement ont en commun, une certaine nostalgie, en même temps qu’un étrange goût de fraîcheur. En commun aussi d’emmener loin, et même très loin, sur de vastes horizons et en soi-même. Migrations étonnantes et immenses, non exemptes de tristesse parfois, mais aussi de vie, intensément.

noeLe premier est un livre récent de Claire Clément : Noé [Bayard Jeunesse 2008]. L’auteur n’en est pas à son premier prix, et Noé a obtenu le très enviable prix Chronos, en France et aussi en Suisse, prix décerné par un jury d’enfants !

Le livre emmène vite sur les routes et les canaux. Noé en effet, de ses dix ans, est affronté déjà, comme beaucoup d’autres enfants, aux difficultés et coups de la vie. Homère le canard d’ailleurs, le fut aussi, qui semble préfèrer désormais la compagnie des hommes et la terre sèche, aux abords de l’eau.

Perdant sa mère, Noé a été recueilli par ses grands parents et découvre avec eux la vie sur une péniche. Le lecteur avec lui devient petit marinier, et accueille parmi ses amis Freddy, le capitaine du « Bon vent », mais aussi Gaëlle… Jusqu’au jour où s’ouvre le voile, sur des univers étonnants et insoupçonnés. L’adulte qui lit ce livre n’est pas en reste, car au fil des écluses et des rencontres, lui aussi tisse les fils d’une histoire qu’il peine à terme à laisser… Mais l’entraînant à penser, le livre demeure en lui, compagnon mystérieux…

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Aussi c’est avec bonheur qu’il poursuit le chemin, sur les pas d’autres personnages, mais une route étrangement semblable, avec Anne-Laure Bondoux (auteur de deux autres livres magnifiques : Les Larmes de l’assassin et Pépites). On s’aventure alors dans une bouleversante histoire d’exil, dans laquelle vérité, mensonge peut-être, et quête du bonheur se tissent au fil d’une histoire, très proche de tant d’images et de lieux vus sur le petit écran ces dernières années. En ouvrant le livre, on a l’impression d’y être rentré sans y prêter attention, par un après-midi de soleil. Et désormais, on y marchera, sur une route qui part du Caucase pour aller… en tant d’autres lieux, avec une seule peur peut-être, la pire en tout cas : celle « d’attraper » peut-être, sans s’en apercevoir, « un désespoir » ! Mais Gloria veille, et le lecteur comprend vite, avec le petit Koumaïl qu’il ne lâchera plus, et qui avec Gloria vit cet étrange exode en même temps que ce lent exil, que face au risque d’un désespoir, le meilleur remède c’est d’espérer et d’avancer.

Et l’on reçoit au visage dans cette marche, comme une brise tiède et bienfaisante, la détermination implacable de Gloria, qui emmène de l’avant, inlassablement et malgré tout. Et si dans cette marche contrainte on a mal aux pieds, on s’imaginera simplement que ce sont ceux d’un autre. Ce remède marche… et permet de marcher.

Juste un indice sur la suite : les premiers mots du livre :

« Lorsque les douaniers m’ont trouvé, tapi au fond d’un camion à la frontière française, j’avais douze ans et j’étais seul. Je n’arrêtais pas de répéter :
jemapèlblèzfortunéjesuicitoyendelarépubliquedefrancecélapurvérité. Je ne savais pas que mon passeport était trafiqué, et en dehors de ces quelques mots je ne parlais que le russe. Je ne pouvais pas expliquer comment j’étais venu du Caucase jusqu’ici, dans le pays des droits de l’homme et de Charles Baudelaire. Surtout, j’avais perdu Gloria. Gloria Bohême, qui s’était occupée de moi depuis que ma mère avait disparu. Avec elle j’avais vécu libre, malgré la guerre, malgré les frontières, malgré la misère et la peur. Elle me manquait terriblement, mais j’ai toujours gardé l’espoir de retrouver cette femme au coeur immense, qui avait le don d’enchanter ma vie… »

La suite, il faut la lire dans le livre, qui vient justement d’être publié aussi en édition adulte, tant il parle au-delà des frontières d’âges ou de générations. Et l’on ne se remet pas vraiment de cette lecture. Tant mieux !

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 Nostalgie d’une terre mère encore peut-être, que le magnifique petit livre d’Annie Wellens, qui fut libraire à La Rochelle et découvrit un jour une correspondance entre la libraire dont elle acheta le commerce, et un homme qui n’entra semble-t-il jamais dans la boutique, mais y vint souvent, ne serait-ce que pour y glisser parfois discrètement son courrier.

Nostalgie de la Bible, désespérément close pour lui. Nostalgie des chemins de sa lecture : doivent-elles bien passer par les arcanes multiples de l’analyse, des connaissances, ou encore du partage en liberté mais aussi sans repères ? Passage un jour par Claudel et d’autres poètes et auteurs, par les Pères de l’Eglise même, sur fond de nostaglie… ou de recherche. L’espoir secrètement chevillé au coeur de lire ce livre comme on boit aux sources, ou encore comme on trouve une nourriture forte et vive en chemin.

Et ce petit livre délicieux et non dépourvu d’un très sympathique humour, laisse entendre que chacun, justement avec la Bible, peut faire son chemin. Je souscris au diagnistic et vous recommande aussi ce livre.

26/03/2009

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