Le blog

Pendant toute une année, j’ai arpenté, nomade et plus souvent peut-être pèlerin, les sentiers de Lourdes, ses montagnes, ses foules, ses gestes, son mystère. 2008 était une année extra-ordinaire, qui marquait en ce lieu le cent cinquantième anniversaire des apparitions.

Mais on ne perd pas le pas pèlerin. Et je suis marqué par le nomadisme de tant de gens… comme de nous-mêmes souvent. Transhumants de la vie quotidienne, de façons multiples, marcheurs au pas rapide des villes, voyageurs aux longs cours des TGV et autres trains ou avions, nomades des jours ordinaires, des banlieues aux villes, des villages aux forums et agoras de partout, des banlieues aux banlieues. Et même parfois sans bouger de chez nous, ermites obligés des situations de solitude ordinaire, ou assignés à résidence pour un temps ou plus, quand le corps répond moins ou ne répond plus.

Nous sommes si souvent chercheurs d’essentiel sur les chemins de l’ordinaire, quêteurs de sens, guetteurs de vie. N’est-ce pas ce que pressentait le titre Pèlerin – qui abrite ce blog – à sa naissance en… 1873 ? Né des tout premiers pèlerinages organisés par les Assomptionnistes à Lourdes, et soucieux de mettre en relation des marcheurs et des pèlerins, il a marché longuement et traversé le temps. Pèlerin aujourd’hui : anachronisme, résidu d’un passé de foi glorieuse ? J’imagine pour ma part tout l’inverse : les chercheurs de sens et marcheurs, assoiffés de solidarité, de sens, de poésie et de tout ce qui grandit l’homme dans ses marches multiples. Pèlerin comme un titre marcheur, comme le titre des marcheurs, de tous âges.

Pour moi, porté par ce souffle, j’arpenterai ou rejoindrai ici les marches des hommes, curieux et me sentant en sympathie profonde avec ces marches qui sont aussi les nôtres, celles de tous. Quelques mots au fil des jours, en photos parfois, en poésie peut-être, dans les couleurs multiples que prend le quotidien, décidé en fait à débusquer de l’in-ordinaire dans le quotidien comme il va. Décidé à m’étonner des nomades d’aujourd’hui qui arpentent les sentiers ordinaires des hommes, dans la stature peut-être de tous les marcheurs de méharées, dans la silhouette élancée de tous les nomades. Car chaque pas, j’en ai acquis la conviction, est un instant d’éternité.
Peut-être accepterez-vous d’être parfois ici des compagnons de marche ? Le marcheur, même solitaire, demeure rarement entièrement seul. Du moins pas sur ce blog.

Jacques Nieuviarts