Samedi 13 mars 2010


Ces petits matins de pleine montagne m’impressionnent toujours, ce mélange de clarté et de brume qui semblent s’affronter sans heurt et pourtant vivement, avant que ne s’établisse le plein jour. Et j’imagine sans peine qu’il en est de même dans la vie quotidienne de chacun : parfois il faut marcher entre deux, parce qu’on n’a pas le choix, le temps ou les soucis le disputent à la clarté, qui pourtant couve en braise… La vie a ses météos, comme le ciel ; et ses clartés aussi, comme le ciel, à ne pas perdre de vue…

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Mercredi 10 mars 2010


En écrivant ces mots : la foi comme un petit matin, je pense au petit matin de Pâques. Lisant il y a quelques jours sur ce blog la note sur Decoin, Dieu et nous : la foi et la marche, des voix amies en effet m’ont interrogé sur le mot doute lorsque l’on parle de la foi. Et je repense à un vieil ami de… plus de 90 ans, qui vient de poursuivre son chemin vers l’éternité, entrepris intérieurement depuis beaucoup plus longtemps. Il aimait me parler de Dieu, et de la foi qui saisit et transforme une vie. Mais il y a peu, il me disait, après le décès de sa femme, que lui aussi allait la rejoindre, qu’il était avec elle, dans la lumière. Et il précisait, « pour moi, ce n’est même pas la foi, c’est la certitude ». Et ces mots m’ont travaillé. Ce sont ceux de Didier Decoin l’autre jour.

Je pense aussi à Jacob, luttant avec un inconnu dans la nuit, au passage du gué du Yaboq (Genèse ch. 32). C’est dans la nuit (comme le dit aussi St Jean de la Croix dans un poème magnifique que se lèguent les générations), qu’il vécut ce combat dont l’enjeu était une rencontre étonnante de Dieu, et sa bénédiction, qui marquait pour toujours Jacob.

Le mot doute renvoie au fait qu’il faut parfois du temps à l’homme pour reposer sur Dieu ou en Dieu.  Et qu’il le cherche parfois aussi de nuit, ce qui coûte à tant de femmes et d’hommes. Le mot hébreu pour dire la foi dérive de la racine que nous connaissons bien par le mot Amen, qui signifie beaucoup plus que ce qu’on en dit d’habitude, quand on dit rapidement « dire : Oui amen à tout ». En hébreu, cette racine évoque ce qui est stable, fiable et sûr, comme un granit de montagne pour le montagnard, comme Dieu sur qui l’on peut se poser ou reposer, sur lequel on peut « tenir » (le mot est souvent traduit ainsi dans la bible). Et le chemin de l’homme se fraie le passage jusqu’à cette confiance totale, à un rythme très différent selon les êtres. Tant d’hommes et de femmes peinent en chemin… et/ou se pensent loin de « tout ça » quand souvent ils en sont proches, très proches, car la foi est comme la terre, qui tandis qu’une part d’elle-même est dans la lumière, est pour l’autre part dans l’ombre. Et l’humanité, ce serait une belle parabole aussi de la foi, est ainsi solidaire, les deux faces du globe se complétant, solidaires et l’une étant une part de l’autre et réciproquement. Et la clarté baigne l’ensemble successivement. Ici s’arrête peut-être la parabole (car la foi n’est pas cyclique).

C’est pourquoi j’écris et pense fermement, que Dieu veille. Il traverse ces zones d’ombres et de lumière qui parfois partagent les êtres… comme ce petit matin d’hiver en montagne dont je ne résiste pas à mettre la photo en grand ici. Comme un petit matin de résurrection dont la lumière se laisse pressentir… et gagne peu à peu le tout.

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Mardi 9 mars 2010


Pendant qu’il neige au sud à tout va, se poursuit le chemin intérieur, sans hiberner. Le blog est resté pourtant en attente, tandis que j’allais voir au Nord (Lille) si l’hiver l’emportait encore, puis plus au sud, vers Clermont… le puy de Dome invisible, et le lendemain, intensément lumineux sous la neige et le soleil. L’hiver va et revient, rappelant encore que la nature a ses lois, et que l’homme est parfois frêle ou fragile face à elle… Comme on dit en montagne et en haute montagne que la montagne a ses lois et… qu’elle est plus forte que vous, invitation à aller selon les lois de la montagne et le souci de la météo dans les grandes hauteurs plus encore peut-être qu’ailleurs…

Et entre ces jours, la « journée de la femme »… Toujours un moment d’hésitation quand il y a un « jour de… », signe qu’il faut bien s’en souvenir, car on aurait tendance à ne pas le faire et à oublier, insouciant… Ainsi on parle de la journée du handicap, de la journée des grands mères, de la jouréne du patrimoine… Lente conscientisation peut-être ?

Voilà, et aujourd’hui aussi  jour de plein jour, de ces jours d’éveil aux grandes questions ou aux grandes réalités. Etre de ceux qui avancent le regard éveillé… comme on marche durant le Carême, le regard fixé sur la Résurrection, c’est-à-dire aussi le regard fixé sur l’homme, pensant à la phrase de Pilate qui dit de Jésus défiguré « Voici l’homme ». Que dit-il au juste ? Il désigne cet homme ? Ou bien l’homme… l’humain dans son épaisseur, sa beauté, et son opacité aussi. Pilate dit probablement beaucoup plus qu’il ne pense. Car dans ce visage là en route vers le Golgotha, il faut voir effectivement le visage de l’homme. L’ « en-visager » comme aimait le dire le philosophe Levinas.

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Vendredi 5 mars 2010


La beauté est sans fatigue. Se refaire intérieurement. Pâques…

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Mercredi 3 mars 2010


C’était hier ou… ces derniers jours. J’entendais lors d’une émission Didier Decoin parler de sa foi. Interrogé par un journaliste sur comment il était devenu croyant : une révélation fulgurante ? Didier Decoin répond effectivement que oui. Et il date l’évènement, jour et heure très précise. Il dit que cette expérience l’a foudroyé, de sorte qu’immédiatement après, il tremblait de tout son être. De joie, précise-t-il. C’est à partir de là qu’il affirma (titre d’un de ses livres) :  »Il fait Dieu ». Et il s’interroge : c’est devenu pour lui comme une certitude, or la certitude est au-delà de la foi, ou autre chose que la foi. C’est vrai, car la foi se conjugue au doute. L’une peut-elle aller entièrement sans l’autre ?

Est-ce ce que pressentait ce philosophe du 18ème siècle également cité dans cette émission, et qui affirmait – c’était alors le siècle des « Lumières »… – : « Dieu est la chose la plus importante, qu’il existe ou qu’il n’existe pas ! » A méditer !…

Et nous, nous marchons notre chemin, quoi qu’il en soit. Vous et moi, passant par zones de soleil et zones d’ombre. Mais je le crois, envers et contre tout, Dieu veille. Bonne route !

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Mardi 2 mars 2010


Peu envie de commenter tout ce qui s’est passé depuis le week-end sur la côte atlantique, en particulier en Vendée. Je préférais, ces récents jours, le silence. Le malheur ne se commente pas. Bien-sûr, s’interroger sur la gestion de zones inondables. Mais il est tard, et ça ne réparera pas le malheur de beaucoup ; ça pourrait guider la reconstruction. Il le faudra même impérieusement…

Et entendre simplement, dans un étonnement humble, le témoignage [souvent beaucoup plus en gestes qu'en paroles], de ceux qui simplement se retroussent les manches pour apporter un peu de chaleur et de réconfort.

Et l’on porte le regard vers le Chili… Comment souffler la vie ?

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Vendredi 26 février 2010


Surpris en rentrant ce soir : un panneau d’affichage urbain plaide « l’éloge du négatif ». Un instant d’hésitation. Une apologie supplémentaire de tout et son contraire ? A priori je ne suis pas preneur. Mais vite le sous-titre de l’exposition : Éloge du négatif, les débuts de la photographie sur papier en Italie (1846-1862) [Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris, avenue Winston-Churchill, Paris 8e. 01.53.43.40.00. www.petitpalais.paris.fr du 18 février au 2 mai]… Inattendu, mais pas mal (ci-dessous la photo de l’affiche).

Alors je me suis mis à penser aux envers d’images qui sont dans nos vies. Je pensais même au Carême, en pensant qu’il pourrait y avoir peut-être à travers cela, pour qui veut bien, une parabole cachée. Et si le carême était le temps de bien voir justement : le feu sous la cendre, la lumière sous la grisaille, la révélation – comme on dit en photo… et aussi en théologie ! – à travers même l’obscur. Voilà mes pensées du soir. Voir la lumière même à travers l’obscur. Et récirpoquement peut-être, percevoir l’obscur même en plein jour et en pleine lumière. Ce qui revient à ne pas être dupe ou en autres termes, à un travail de discernement, quoi qu’il en soit.

Je suis parti en me disant que finalement, il est bon ce titre. Il donne à voir. Et à penser. Envie de voir l’expo.

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Mardi 23 février 2010


Le Carême, un temps de pause ou de… demi-pause, le temps que prend le marin pour vérifier la ligne d’horizon et refixer plus solidement le cap. Le temps que prend le sportif pour s’alléger et… s’engager de tout son être dans l’effort. Le temps que prend le poète pour que le vent du large éveille en lui la parole. Le temps que prend le chrétien pour que s’éveille en lui aussi la Parole, celle dont il vit au plus profond, celle qui le fait vivre, qui est son Orient, c’est-à-dire aussi son « lever », d’un mot qui évoque dans la bible la résurrection : celle de Jésus et celle qui touche tout homme. Le temps du Carême, pour que nous touche justement la Résurrection : non pas à la fin des temps – bien que… elle aussi – mais aujourd’hui. Car Dieu n’est pas un Dieu du futur, mais du présent. Et c’est la force de ce présent qui éveille puissament l’avenir, à une hauteur qui ne peut plus être hauteur d’homme, mais… à hauteur d’infini.

Alors sur ce chemin, une recette – si l’on ose dire en ce temps sobre ! – : le carême en un clic. A la page ouverte (site Prions en Eglise), descendre en bas de page et cliquer sur le bandeau de téléchargement de la méditation du jour. Il est demandé de s’identifier la première fois, puis de voguer libre, chaque jour.

Bon vent !

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Lundi 22 février 2010


Semaine au temps couvert, chassés croisés, chasse-neige, hiver encore ou giboulés si affinité… et encore un brin le temps de l’hibernage intérieur, comme pour les terres en friches ou en gelée. S’y prépare aux profondeurs le temps d’autres printemps, d’autre étés. Saisons intérieures durant lesquelles le nomade marche quoi qu’il en soit, fût-ce en lui-même.

Et au temps de la marche vers Pâques, le chrétien est homme de ces migrations intérieures dans lesquelles se reconfigurent des mondes, transparence lente en lui, en tous, de l’Unique. Belles marches !

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Dimanche 21 février 2010


J’aime le dimanche, quand au petit matin on sent en soi comme autour de soi la clarté lever comme en un jour de Résurrection. N’est-ce pas après tout ce qu’il doit en être, puisqu’au terme des jours de la création fut instauré un sabbat, au 7ème jour. Et que vint le 8ème, que nous connaissons bien au temps de nos labeurs ! Jusqu’au temps où se marqua dans notre histoire comme un rai de lumière totale, le 1er jour. Le chrétien vit de cette clarté du 1er jour, quoi qu’il en soit du gris et des grisailles, et de l’usure qu’il peut connaître, qu’il rencontre, qui demeurent en lui. S’imprime en lui, quoi qu’il en soit, et même aux jours sombres, cette clarté totale, qui en lui se révèle.

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