Des voix claires

Vendredi, juin 18th, 2010

Oui, il faut des voix de clarté, des voix sans détour, enracinées, sourcées dans les torrents de Dieu, pour nourrir ou peut-être ré-engendrer le monde, le sourcer, le ressourcer…

Ci-dessous, un livre itinéraire, au pays des Prophètes de la Bible, pour mieux les lire, les entendre, les aimer, cueillir à la sève vive de leur parole de cristal et de feu, venue de Dieu seul…

Bonne lecture !

Editions Bayard, avril 2010

Decoin, Dieu et nous : la foi et la marche

Mercredi, mars 3rd, 2010

C’était hier ou… ces derniers jours. J’entendais lors d’une émission Didier Decoin parler de sa foi. Interrogé par un journaliste sur comment il était devenu croyant : une révélation fulgurante ? Didier Decoin répond effectivement que oui. Et il date l’évènement, jour et heure très précise. Il dit que cette expérience l’a foudroyé, de sorte qu’immédiatement après, il tremblait de tout son être. De joie, précise-t-il. C’est à partir de là qu’il affirma (titre d’un de ses livres) : « Il fait Dieu ». Et il s’interroge : c’est devenu pour lui comme une certitude, or la certitude est au-delà de la foi, ou autre chose que la foi. C’est vrai, car la foi se conjugue au doute. L’une peut-elle aller entièrement sans l’autre ?

Est-ce ce que pressentait ce philosophe du 18ème siècle également cité dans cette émission, et qui affirmait – c’était alors le siècle des « Lumières »… – : « Dieu est la chose la plus importante, qu’il existe ou qu’il n’existe pas ! » A méditer !…

Et nous, nous marchons notre chemin, quoi qu’il en soit. Vous et moi, passant par zones de soleil et zones d’ombre. Mais je le crois, envers et contre tout, Dieu veille. Bonne route !

Des paroles bouleversantes

Lundi, janvier 18th, 2010

Je viens d’entendre, parmi les multiples informations venant d’Haïti, ce reportage dans lequel une femme qui a tout perdu est interrogée par la journaliste sur le fait qu’elle ne pleure pas. Parce que pour le moment l’essentiel est d’aider à vivre ceux qui peuvent survivre. Et elle est interrogée sur Dieu, parce qu’elle laisse transparaître que sa force vient de là. D’une voix grave et posée, elle résiste aux questions sur l’injustice de Dieu face aux malheurs répétés d’Haïti. Des mots simples, très simples, et étonamment sereins. Elle dit très simplement qu’elle est attachée ou fondée de façon inébranlable sur ce roc. J’en suis ému.

Tout n’est pas mort, sil reste de tels germes de vies… Envie seulement de me taire pour laisser le son de ces paroles, avec une reconnaissance infinie.

Un regard de soleil… au bord de l’eau

Vendredi, octobre 23rd, 2009

Ce soir, à quai, sur le Je sers, la péniche-chapelle ou église sur la Seine, à Conflans-Sainte-Honorine. Au loin, la magnifique église Saint-Maclou, édifiée à partir du XIe siècle, est éclairée, illuminée. La Seine est large. Deux immenses bateaux, des péniches de gros tonnage, accostent à la fois lourdement et souplement, un autre passe.

Ici, ils sont vingt enfants, de combien de nationalités ? Combien d’histoires derrière ces visages ? de migrations réussies ou trébuchantes, de bonheur, de tristesses, d’angoisses ? Mais le soleil dans les yeux quand ils jouent au loto ou au sudoku de la relation : ils vont, crayon en main, les uns vers les autres, les décibels en plus ! Et la carte de chacun se remplit de détails qui établissent une carte de connaissance, un peu à la façon des impressionnistes.

Ils chantent. On mange. Et puis nous parlons de Lourdes… mais le miracle était déjà. Plus facile d’en parler. On va sur les chemins de la révélation et de Dieu, de la prière, comme en un pays de connaissance. La montagne en plus, pour Lourdes, qui fait rêver les terriens du bord de l’eau.  La Seine poursuit son cours. Les eaux ondulent dans le vent du soir. Pressentent-elles cette vie immense ici, à quai et en plein voyage intérieur ? Sûrement. Moi en tout cas, j’en ai plein les yeux et le coeur ! Ils ont jeté l’ancre en moi…

Passage au désert

Lundi, mai 4th, 2009

Au petit matin, dans le désert, tout est autre. Le coeur se reconfigure, et avec lui l’ensemble de la vie, de ce que le pèlerin porte en lui au moment où il s’est mis en route. C’est le « reset » intérieur… total. Le pèlerin ouvre les yeux sur de l’inconnu, qui résonne en lui doucement, emportant les scories accumulées avec le temps, dans les jours « ordinaires », de travail, de préoccupations multiples, de souci. Peu à peu s’éveille en lui le désir de l’unique, qu’en ces lieux les ancêtres de la foi ont rencontré : Abraham par exemple, entre Beersheva et le chêne de Mambré. Lorsque Dieu lui parlait.

Ici résonne aussi pour qui sait entendre, le cri d’Agar dans sa détresse, qui fut écoutée par Dieu (livre de la Genèse ch. 21). Ici aussi, dans la contemplation impressionnante de la terre desséchée, il repense aux premières pages de la Bible (Genèse chapitre 1), disant la naissance du monde. Aux pages impressionnantes aussi d’Isaïe (Isaïe chap. 53) parlant du Serviteur du Seigneur comme d’un buisson en terre aride, que personne ne regardait.

Chemin intérieur dans lequel le coeur se refait, quand Dieu parle à l’homme.

 

Gravité extrême

Vendredi, mars 6th, 2009

Ce qui suit  n’est pas triste, mais d’une gravité profonde, d’un poids infini, de vie et de Dieu. Ce sont des lignes tirées des écrits d’Etty Hillesum. Rédigés entre 1941 et 1943, ils ne furent connus qu’en 1981. Etty Hillesum, jeune juive hollandaise, vivait la vie de tous, la croquant même à très belle dent, quand vinrent les années du Nazisme en même temps pour elle qu’un bouleversement intérieur total. Déportée à Auschwitz, elle y mourra à 29 ans. Parmi ses livres de chevet, les Confessions d’Augustin, les poèmes du poète Rilke et la Bible, dont le Nouveau Testament, qu’elle lut beaucoup et qu’elle cite fréquemment.

Son regard est sans concession sur ces années terribles. Et pourtant, la rencontre de Dieu qu’elle a faite lui donne une puissance de regard et d’espérance qui aujourd’hui même peut ressourcer notre propre espérance, changer aussi notre regard. Je reproduis ces lignes, dans le temps de la montée vers Pâques, durant laquelle les chrétiens et d’autres avec eux, dans le même sillage, aimeraient mettre leurs pas dans les pas de Dieu avec plus d’intensité, d’exigence, de passion.

Et peut-être ces lignes sont-elles à lire seulement par bribes. Car elles sont fortes. Je les transcris avec émotion et respect.

Prière du dimanche matin (12 juillet 1942). Ce sont des temps d’effroi, mon Dieu. Cette nuit pour la première fois, je suis resté éveillée dans le noir, les yeux brûlants, des images de souffrance humaine défilant sans arrêt devant moi. Je vais te promettre une chose mon, Dieu, oh, une broutille: je me garderai de suspendre au jour présent, comme autant de poids, les angoisses que m’inspire l’avenir; mais cela demande un certain entraînement. Pour l’instant, à chaque jour suffit sa peine.

Je vais t’aider, mon Dieu, à ne pas t’éteindre en moi, mais je ne puis rien garantir d’avance. Une chose cependant m’apparaît de plus en plus claire: ce n’est pas toi qui peut nous aider, mais nous qui pouvons t’aider – et ce faisant nous nous aidons nous-mêmes. C’est tout ce qu’il nous est possible de sauver en cette époque et c’est aussi la seule chose qui compte: un peu de toi en nous, mon Dieu. Peut-être pourrons-nous aussi contribuer à te mettre au jour dans les cœurs martyrisés des autres. Oui, mon Dieu, tu sembles assez peu capable de modifier une situation finalement indissociable de cette vie. Je ne t’en demande pas compte, c’est à toi au contraire de nous appeler à rendre des comptes, un jour.

Il m’apparaît de plus en plus clairement à chaque pulsation de mon cœur que tu ne peux pas nous aider, mais que c’est à nous de t’aider et de défendre jusqu’au bout la demeure qui t’abrite en nous [...].

Etty Hillesum, Une vie bouleversée suivi de Lettres de Westerbork, Éditions du Seuil, 1995. pp. 176-177.

L’arpenteur de désert

Vendredi, février 27th, 2009

Désert nomade, carême nomade, foi nomade… Me reviennent ces mots de Théodore Monod, l’infatigable arpenteur de désert[s]. A mettre dans la musette pour la marche d’aujourd’hui : « Je ne peux m’empêcher de penser que la foi est une recherche et qu’elle doit nous mettre en partance, faire de nous des marcheurs. [...] Dieu ne se laisse pas toucher facilement. Il faut avoir une âme de nomade pour le trouver… »(Théodore Monod)
Nous suivrons le vieil arpenteur solitaire pour aujourd’hui, laissant vibrer aussi ces mots que l’on entend dans les déserts d’Afrique : « Tu ne perds jamais ton temps à marcher à côté d’un autre homme ». Et encore :  « le désert, c’est Dieu, le silence c’est sa parole ».

Bonne journée !

Sur les pas d’Elie (le prophète)

Mardi, février 17th, 2009

J’évoquais hier les Carmes, dont on sait qu’ils se reconnaissent héritiers spirituels du grand prophète biblique Elie (9ème siècle av. J.C., aux abords du Mont… Carmel). Il faut relire dans la Bible les chapitres magnifiques évoquant ce prophète (Premier livre des Rois chapitre 17, jusqu’au chapitre 2 du deuxième livre… mais ils sont courts !). Dans le couvent d’Avon, un lieu de prière aux dimensions très larges mais tout dépouillé porte son nom : oratoire Saint Elie.

Chapelle Saint Elie (Carmes d'Avon)

Chapelle Saint Elie (Carmes d'Avon)

 J’ai voulu vous le montrer ici, dans son dépouillement. Pour le goûter dans cette sobriété, il faut lire en particulier le Premier livre des Rois dans la bible, au chapitre 19, avec éventuellement les deux précédents pour se laisser emporter. Elie est en fuite devant la redoutable reine Jézabel. C’est pourtant un prophète à la parole et à l’audace étonnantes. Il a défié les prophètes des baals, ces divinités païennes associées en Canaan aux cultes de fécondité. Il les a défiés tant et si bien que la Bible sans ambage mais pas sans souffle épique à la manière des chansons de geste, dit qu’il en trucida 450 sans sourciller ! Le même, l’instant d’après, est terrifié devant la menace de Jézabel. A peine croyable. Mais il fuit. Il est surtout dans l’épuisement de sa tâche prophétique qui le met seul contre tous, ce que dit bien le texte étonnant que je viens d’évoquer.

Il fuit son lieu. Du Nord il part plein sud, laisse ses serviteurs et s’enfonce plus encore vers le sud, dans le désert qu’un jour parcoururent Moïse et les Hébreux. Mais là, pas plus valeureux qu’eux, il se couche pour mourir. Mais l’ange le réveille à trois reprises et lui dit : « prends et mange ! ». A son chevet une galette de pain et une gourde d’eau. Alors, fortifié par cette nourriture, il poursuivit le chemin jusqu’à la montagne de Dieu, l’Horeb. Là il verra de véritables bouleversements cosmiques comme ceux qui accompagnaient la manifestation de Dieu tandis que Moïse était sur la montagne. Mais pour lui, c’est dans le souffle d’une brise infime qu’il rencontre son Dieu, qui lui dit : « Que fais-tu là ? ». Et c’est par ce souffle infime, cette « voix de fin silence » (selon la magnifique traduction de Lévinas) qu’il est remis en chemin et replacé dans son ministère de prophète, lui qui de découragement ou d’épuisement, le fuyait !

Chez les carmes d’Avon, dans l’oratoire, un livre de la Parole – une solide bible – sur une table, Parole donnée en nourriture. Une outre suspendue, en bois magnifiquement sculpté, contient la présence de Dieu, en sa forme surprenante, dans le culte chrétien, du peu de pain de l’Eucharistie, présence réelle de Dieu… C’est de cette présence de Dieu que se nourrit le prophète, comme aussi le chrétien. Un bois d’arbre à peine retravaillé et splendide, évoque le Christ ressuscité, les bras en croix ouverts et tout en mouvement.

Christ en gloire - chapelle Saint Elie - Avon

Christ en gloire - chapelle Saint Elie - Avon

Liver de la Parole - chapelle saint Elie

Livre de la Parole - chapelle saint Elie

Nourriture et Présence en chemin

Nourriture et Présence en chemin

 

 

 

 

 

 

 

Tabernacle, lieu de la Présence - chapelle saint Elie

Tabernacle, lieu de la Présence - chapelle saint Elie

Je vous donne ce lieu, en quelques photos. Pour vous soutenir vous aussi dans le voyage – de vos tâches et de votre vie. Oui, en signe de la présence discrète mais indéfectible de Dieu.

 

Le pèlerin vêtu de blanc

Jeudi, février 5th, 2009

Le regard porte, inlassablement, sur la marche, toujours infinie, des pèlerins et des marcheurs. Nous en croisons tant, et faisons partie du nombre. Car si l’on est acteur de la marche, elle nous le rend largement. Au fil de la marche, celle-ci remodèle ou reconfigure le marcheur, faisant se rencontrer étonnamment l’extérieur et l’intérieur.

Il y a quelques jours, je disais les couleurs des marches, comme celle des arc-en-ciel, ou comme on dit aussi les couleurs du temps… et les couleurs intérieures ! Il me semble que si l’on enlevait la couleur, partout, rien ne pourrait plus véritablement atteindre l’intérieur.

Et surprise, ce matin, de croiser à la fraîche le pèlerin vêtu de blanc. Numéro original de la revue du même nom, qui me fait imaginer aussitôt le pèlerin sur ses chemins, et un peu nous-mêmes. Un numéro tout en blanc ! C’est le titre. On regarde étonné la couverture, écrite presque ton sur ton (si l’on peut dire !), puis ce sont à l’infini des fondus enchaînés blanc et couleurs, devenues tendres de cotoyer de si près et si durablement le blanc. Et c’est, par les temps qui courent, Benoît XVI, l’homme en blanc, sur fond blanc, et quelques autres personnalités, tout décor emporté autour d’eux par cette clarté ambiante. Sûr que le rouge ou l’orange, ou encore le bleu, ressortent comme ont les voit rarement, sur ce fond de décor, avant que l’on ne nous parle de « soif de pureté »… Sûr aussi que de lire « Job et le visage de Dieu » sur fond blanc, est une sorte de parabole immédiate, à la fois de la force et de l’humilité infinie du langage quand on parvient à parler de lui.

Et peut-être serait-ce là que mène le chemin du pèlerin… vêtu de blanc. A mieux apercevoir les contours de ce visage (de Dieu) qui se laisse au fil des jours apercevoir, ton sur ton, sur des visages, un fond de silence, des événements, qui ont cette discrétion. Je vous souhaite pour aujourd’hui de ces chemins, à la fois blancs et divins !

Et à vous retrouver, sur une nouvelle page blanche… que je tenterai à nouveau d’écrire s’il est possible ton sur ton !

Nevers

Lundi, janvier 26th, 2009

Ce week-end, j’étais à Nevers. Plus au sud, c’était une lourde tempête. La nature est forte, très ou trop forte parfois. Mais la solidarité des hommes peut l’être aussi, nous le voyons. A Nevers, il en était question. Le mot Hospitalité y revenait au fil du chemin et du travail. Il prenait souvent un sens technique, désignant un ensemble de personnes qui se rendent disponibles aux autres et en particulier aux personnes malades, à Lourdes et partout. Mais le mot sonne toujours comme cette ouverture, cet accueil à la fois reçu et donné, ou pour être plus précis, tantôt donné, tantôt reçu, dans la vie de quiconque, de tous.

Ce sont ces gestes simples, qui quand s’abat la tempête aussi bien que par temps calme, tissent et retissent les liens. Et donnent au présent souvent un étonnant goût d’éternité.

 Le fronton de la maison des soeurs de Nevers, avec une magnifique faute d’orthographe taillée dans la pierre, à moins qu’il ne s’agisse de latin tardif, l’exprime simplement : Deus Charitas est. En Dieu, les gestes d’amour ont saveur d’éternité. Celui qui aime, dit quelque part saint Jean, est né de Dieu !

Il est tant de gestes, de paroles, de restau aussi, qui viennent du coeur et [re-] tissent des liens. Qui donnent au présent un goût d’éternité ! 

nevers

Le fronton de la maison des soeurs de la Charité de Nevers, où vécut Bernadette

 

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La Grotte de Lourdes à Nevers, qui relie on le comprend l'un et l'autre lieu où vécut Bernadette