Pensée du jour

Mardi, avril 27th, 2010

Oui, la pensée du jour pour moi, est cette phrase du théologien allemand Dietrich Bonhoeffer, mort sous le Nazisme, auquel il a résisté sans compromis : « L’Église est l’Église lorsqu’elle existe pour les autres […]. l’Église doit collaborer aux tâches de la vie sociale, non en dominant mais en aidant et en servant ». Je trouve cette phrase dans l’édito du numéro à venir de la Documentation catholique. Le livre dont cette pensée est extraite évoque la résistance sans appel, et la soumission à l’Esprit seul (Résistance et soumission, Labor et Fides, 1971, p. 181).

Par les temps qui courent, une pensée qui ouvre une voie, comme on le dit en montagne. Une pensée qui élève, même si le chemin qu’elle trace est tout en humilité. Résolument à hauteur d’humanité ! Une pensée sans compromis, et qui ouvre. Je la reçois comme de l’oxygène pur et vous la partage comme telle.

Pierre sur pierre…

Mardi, avril 13th, 2010

Sous la statue, qui apparaît à travers le treillis d’arbres encore en tenue d’hiver, treillis froid, cette parole : « Tu es Petrus », « Tu es Pierre ». Et l’homme de la statue tient les clés. Image qui renvoie à l’évangile, et à la figure rugueuse et forte de Pierre, en même temps qu’à l’Eglise aujourd’hui, lumineuse derrière le treillis douloureux de l’actualité. L’écrin a des défauts. cela peut-il empêcher de voir le trésor ?

Surgissement, bouleversement… Joyeuse fête de Pâques !

Dimanche, avril 4th, 2010

Ces jours sont pleins de gravité. On y va, seul et ensemble, au coeur de la foi, et aux profondeurs de la vérité de chacun, profondeurs de l’être, profondeur du mystère (ce qui nous fait vivre, mais qui nous dépasse infiniment).

Et dans la nuit, des paroles inouïes, traversant l’obscurité comme le feu crépite dans l’obscurité et y répand par ondes progressives et irreversibles, la lumière, signe, en cette nuit, du Ressuscité.

Et les paroles entendues dans l’assemblée chrétienne, où avec beaucoup d’autres j’accueillais ce mystère et le laissais me travailler, tandis que huit personnes étaient baptisées, à âge adulte, en plein consentement du bouleversement que la présence du Christ apporte à une vie, la leur et la nôtre. Des visages simples comme ceux de chacun, le vôtre et le mien, mais inondées de cette lumière là, qui désormais guidera les jours, chaque jour.

Des paroles de catéchumènes entrant de tout leur être dans les eaux du baptême et dans la foi. Dans l’Eglise aussi comme elle va, c’est-à-dire servante et humble. Humiliée plus que nécessaire aussi ces jours. Mais Eglise. Eglise mère. Connaîtrais-je le Christ dont je vis, si elle n’avait pas été, fragile et simple, mais solide aussi comme le roc de la foi qui la fonde ?

Les paroles du prêtre, disant parmi beaucoup d’autres paroles claires et nourrissantes : vendredi saint, un silence, samedi, le vide, et bientôt le souffle. Un silence, un vide, un souffle, trois fois rien, qui bouleverse(nt) totalement désormais le cours des choses.

Joyeuse fête de Pâques ! Christ est ressuscité. Oui, comme ajoutent les chrétiens d’Orient sans craindre les vents contraires sur cette parole simple de témoin : Il est vraiment ressuscité !

La traversée du Mont, pieds nus…

Samedi, avril 25th, 2009

Pieds nus dans une eau plutôt fraîche, ne serait-ce qu’en raison de la saison, près de deux cents prêtres et évêques de Normandie ont fait la traversée du Mont. Brouillard matinal voilant doucement le Mont qui apparaissait peu à peu au fil de la marche… Une vision inhabituelle de l’Eglise, pleinement dans son identité : pieds-nus et pèlerine.

De quoi rêver soi-même à de nouvelles marches. Comment garder le coeur pèlerin au fil des jours, sans en rabattre sur le poids de la vie quotidienne, mais en choisissant, le temps d’une grande marche, de tout voir autrement. Quand on est marcheur ou pèlerin, le point de vue change, le regard, le contact au sol, un certain sentiment de solidarité autre…

Pour en savoir plus – ne manquez pas, en plus de l’article, l’album photos !.

La barque de Pierre ira au large malgré le gros temps !

Jeudi, mars 12th, 2009

Les derniers jours ont été lourds. Le gros temps, le grain et un temps de mars et ses giboulées, rudes pour la barque de Pierre [ici = l'Eglise, bien-sûr !]. Certains envisageaient peut-être en leur âme et conscience, ou sous la force de la tristesse, à défaut du maquis, le radeau de fuite et de survie. Mais la barque de Pierre, quel que soit le gros temps, poursuivra sa route vers le large, le grand large, sa raison d’être la plus profonde en raison de Celui qui la guide, le Seigneur ressuscité, plus grand que toutes les tempêtes.

Vous me direz peut-être : incantation ? Non, espérance, radicale. Et l’encouragement que constitue aussi la prise de parole publique de pasteurs comme le cardinal Schönborn, archevêque de Vienne [La Croix d'hier, 11 mars, en page 27], ou Mgr Dagens, évêque d’Angoulême [La Croix d'aujourd'hui, 12 mars, en page 27 également]. « On ne souffrirait pas autant pour l’Eglise si on ne l’aimait pas », affirme celui-ci, tandis que le Cardinal Schönborn adresse avec vigueur des paroles de réconfort à tous ceux que la situation éprouve, affirmant aussi à deux reprises :  » [réconfort et encouragement...], j’en ai besoin moi-même tout comme sûrement beaucoup d’entre vous ». Quelle bonté de nous le dire ! Des paroles de sincérité qui valent beaucoup de réconforts.

Alors le cardinal Schönborn parle de la barque dans laquelle les pêcheurs du lac devenus apôtres, se trouvent avec Jésus quand une tempête assez rude les fait se tourner vers Jésus… Et lui apaise la tempête et les appelle à la foi.

J’ai le sentiment que l’on en est là nous-mêmes : le grain que l’on a le sentiment d’essuyer a parfois la force des giboulées. Mais nous tiendrons, dans l’espérance, sans rien renier – surtout  ! – de l’humanité, et sans rien perdre – à aucun prix ! – de l’Evangile.

Bon vent !

Tristesse du Brésil

Lundi, mars 9th, 2009

Tristesse profonde aujourd’hui, de ce que l’actualité apporte du Brésil : cette vie de fillette brisée et piétinée, à Récife, qu’aujourd’hui chacun regarde avec émotion et au fond du coeur amertume et révolte. Qui fait aussi penser à tant d’autres dont la vie et l’enfance sont piétinées anonymement de même. Tristesse profonde de l’absence totale de considération minimale et de tendresse dans la parole que l’Eglise adresse en réponse, excommuniant… encore. Absence de parole en fait, puisqu’aucune parole n’est adressée à la souffrance et aux personnes qui la vivent, voire tentent de s’y affronter et au mieux ou au moins mal de la soulager. Parole dure, qui submerge la situation laissant intégrale la détresse.

Tristesse que la voix de l’Eglise et sa parole ne parviennent plus à articluler avec limpidité et force un message de miséricorde au sens le plus fort [en grec et en hébreu = pris aux entrailles] et de tendresse.

Souhait que l’Eglise, comme Jésus l’a fait aussi, dans le silence, écrive sur le sable, longuement… Le sable est friable, comme le coeur des hommes. Comme les paroles que parfois disent les hommes, sûrs d’eux, adossés de trop près à la loi. Le temps de l’écriture sur le sable est le temps dans l’évangile évoqué ici, de la conversion des pensées, des coeurs, de la haine, de la radicalité contre autrui au nom de la Loi. La loi ne casse pas, elle est un guide, un chemin, une voie. Penser que la loi est là pour chatier est une étroitesse totale et d’une tristesse infinie. Torah dit l’hébreu : la loi est chemin de vie.

Des réactions à lire, en particulier ici et également  ici.

Aujourd’hui, j’ai envie de parler de bonheur !

Vendredi, janvier 30th, 2009

Les raisons seraient multiples de parler de choses graves, de celles qui vous tiennent solidement au corps ou au coeur. Celles qui demeurent en tête et semblent ne pas vouloir en bouger, qu’on se lève ou qu’on dorme, que l’on travaille ou que l’on aille simplement son rythme : société, remous de l’économie, interrogations sur des affirmations d’hommes d’Eglise qui blessent en profondeur. Et je feuillette Pèlerin, en ayant vu le titre de cette semaine, mais le mettant momentanément en suspens : « Être heureux c’est possible » (entretien avec Boris Cyrulnik), comme pour attendre d’abord des signes de confirmation.

Je feuillette, et je laisse images et titres, rythme du journal, me porter, plus doucement encore que les navigateurs solitaires du Vendée Globe, qui à l’heure qu’il est, affrontent la vague plus peut-être qu’elle ne les porte. Et je vois des couleurs tendres malgré elles, qui montrent la dévastation des forêts landaises. Peut-être les couleurs tendres sont-elles celles de la nature, qui résiste malgré tout. Peut-être sont-elles dûes au photographe – oui, aussi ! – mais aussi à ces hommes en bleu et en jaune, qui marchent au sol ou en hauteur pour rétablir le contact et la vie.

Je retiens mon souffle ensuite, comme chacun, face aux photos certes lumineuses, qui évoquent le schisme intégriste. Comme chacun, cette question et tout ce qu’elle entraîne, me blesse. Mais vient une page sur les chrétiens de Gaza, et des amis m’ont transmis il y a peu une lettre poignante du curé de Gaza durant les événements. Autre visage de l’Eglise, aux prises avec le monde, et qui forge envers et contre tout de l’espérance. Puis solidarité dans le Nord-Pas de Calais, mon pays. Ils marchent, ils ont du peps ! Puis St Paul Hors-les-Murs, lutte contre le cancer, et le visage très humain de la justice des mineurs, encore dans le Nord (oui, Bienvenue dans ce pays !), où s’est rendu avec passion Benoît Fidelin. Puis Simone Weil, « une âme éprise d’absolu »…

Alors oui, Boris Cyrulnik, OK pour l’option de bonheur annoncée. « Etre heureux, c’est possible », dites-vous ? Au bénéfice du doute, j’accepte d’aller y voir. Et merci aux marcheurs innombrables de ce numéro de Pèlerin ! Ils ont du souffle, et tout en couleurs, m’en donnent.