Politique : il est des événements que l’on attend !

Lundi, novembre 15th, 2010

Oui, il est des événements que l’on attend, de longue date, et on se réjouit profondément de les voir arriver ! Je pense tout particulièrement à ce qui m’a paru, durant ce week-end, l’événement majeur [pour la vie du monde et en terme d'espérance pour la vie des peuples] : la libération en Birmanie de la dissidente Aung San Suu Kyi, qui vivait en résidence surveillée depuis quinze ans ! Quinze ans de résistance pour la liberté, et d’espérance intacte, malgré on sait quel hiver qui lui fut imposé par la junte de Rangoun.

Impressionnant de voir la liesse populaire qui l’a entourée. Et sa parole à la fois infiniment frêle et forte, son désir de rassembler tous ceux qui voulaient s’opposer à la junte birmane dont l’étau est encore quasi-total. Le courage de la parole, d’une vie… Les commentaires sur la vie française m’ont paru comparativement avoir beaucoup moins d’horizon et de souffle.

Il est de larges horizons à ne pas perdre de vue : « faire notre les grandes causes de Dieu et du monde », disait Emmanuel d’Alzon, fondateur des Assomptionnistes. Ainsi nous veillerons sur l’espérance en toutes ses boutures, à l’image du quotidien La Croix qui ouvre aujourd’hui quatre semaines d’enquête sur « Ce qui va bien en France ». Avec réalisme, mais justement, sans céder au vent de morosité qui souffle fort cet automne, et on le comprend.

Je cite ces trois paragraphes pris sur lacroix.com, disant la trajectoire impressionnante et la résistance de Aung San Suu Kyi :

« L’opposante a passé près de 15 des 21 dernières années privée de liberté. Elle a sacrifié sa famille à la cause, en restant en Birmanie en 1999 tandis que son mari mourait d’un cancer en Grande-Bretagne, de crainte de ne pouvoir rentrer chez elle.

Elle n’a pas vu ses deux enfants depuis plus de dix ans. Kim Aris, son plus jeune fils, se trouvait encore à Bangkok lundi pour tenter d’obtenir un visa pour la Birmanie. Il s’est entretenu avec sa mère samedi soir au téléphone.

Nyan Win a indiqué que l’opposante souhaitait attendre l’arrivée de son fils pour se rendre à la pagode Shwedagon de Rangoun, où elle avait tenu son premier discours politique en 1988. »

Aung San Suu Kyi, bouture de printemps au coeur de cet automne très venteux.

Rumeurs du monde

Lundi, décembre 28th, 2009

Oui, le coeur est encore plein de chants de bergers et aussi d’enfants, de chants de la joie de Noël… Et aussi de ces Noël d’antan, qui disaient comme inlassablement l’émerveillement de l’homme quand Dieu entre et vient prendre demeure chez lui, en terre humaine. Mais la terre humaine, très humaine, poursuit sa course, souvent infirme, rude, incertaine. Et l’on entend succéder aux chants des bergers les cris sourds d’un monde en gestation lourde, douloureuse, et en enfantement qui ne finit pas. Cris et heurts en langue persane, là-bas, à Téhéran, où la liberté crie et souffre de naissance si improbable ou si longue. Cris et froid à Gaza, un an après ce qui a labouré la terre et les êtres, sans croissance de liberté, sans bonheur, sans horizon. La mort cotoie la naissance de si près. D’ailleurs le calendrier que donne l’Eglise le sait et le dit, fêtant au lendemain de Noël et de la Nativité, la fête des « Saints innocents ». Non pas « aux innocents les mains pleines » ! Ici, il s’agit de leur mort, sous Hérode, qui est de tous les âges où pouvoir ou argent sont jetés dans le même pétrin, ou plongent quiconque dans cela, le pétrin inextricable.

Superposition

Les nouvelles des journaux ne marquent pas la trêve, ni en amont d’eux, la vie du monde. Rome et la jeune femme italo-suisse qui enjambe les palissades par égarement. Bien sûr, ceux qui voient simple et vite disent qu’il « suffit » de plus de sécurité. Mais fait-elle vivre ? Et peut-on vivre réellement en asepsie ? Et les lieux s’égrènent encore, litanie humaine de nativité rude : Naplouse, Le Caire, Détroit, Yemen…

Une pensée plus sereine pour Yves Rocher, l’inventeur de la « cosmétique végétale ». Curieux : ma mère l’a connu quand la guerre faisait fuir les maisons et les régions et rapprochait les gens, que l’infortune faisait fraterniser, sous le même toit. Et de cette fraternité, on vit pour toujours. Hommage à lui, l’homme de la cosmétique végétale qui savait aussi la fraternité… bouffée de douceur quand l’hiver marque le regain.

Ruquier face à Clara Rojas: manque de hauteur

Lundi, avril 20th, 2009

Je ne suis pas un fervent de Ruquier ni de l’émission que propose la chaîne publique le samedi soir : On n’est pas couché. Le hasard ce samedi m’a fait croiser cette émission, à laquelle participait Clara Rojas, l’ex-otage des FARC qui accoucha dans la jungle. Fadela Amara était également présente sur le plateau. Difficile dans une émission qui adore le style variétés en rase-mottes et parfois en piqué, de passer sans transition à une interview qui pouvait être tout, sauf banale. Et on est resté à mon avis franchement au-dessous de la moyenne, ce que je trouve assez triste, voire affligeant.

La hauteur – ou la profondeur du sujet, comme on voudra – amenait à souhaiter un traitement élevé de la question. Devant une femme demeurée des années dans l’enfer de l’isolement et de la jungle, et ayant traversé les événements bouleversants qu’elle a connus, on aurait aimé une parole qui ouvre à la parole, sur ces questions redoutables et essentielles. Clara Rojas a prononcé presque d’entrée le mot dramatique. Dès lors le rire ou le sourire entendu n’avaient plus leur place. Laurent Ruquier a fait de son mieux, mais en demeurant victime du style de l’émission. Eric Naulleau et Eric Zemmour ont tenté aussi de poser quelques questions à la hauteur du sujet, mais de où… ? Il aurait fallu tellement plus ouvrir la parole ! La parole essentielle en ce cas, est en effet celle de la personne à qui l’on pose ces questions. Je préfère je crois le style Picouly.

Clara Rojas a-t-elle raison de publier ce livre (Captive) ? Je ne sais. Mais elle a dit clairement qu’elle le faisait pour comprendre ou réapprivoiser elle-même son histoire, et aussi pour beaucoup d’autres femmes, qui vivent des situations désespérées : pour être pour elles un signe d’espoir. Mais la première question posée portait, d’emblée, sur sa relation avec Ingrid Bétancourt, dont on sait ou comprend bien qu’elle est depuis un certain temps brisée ou en souffrance. Puis bien-sûr des questions sur son fils, dont elle dit avec beauté que son nom à lui seul est un programme : Emmanuel, dit-elle, signifie Dieu avec nous. Oui, dans une jungle sans lumière, puisque c’était aussi une des questions. Et elle a parlé de sa foi. Elle a ou aurait tant d’autres choses à dire encore, on le voit. Oui, dommage de ne pas lui avoir posé au moins l’une ou l’autre question plus ouvertes, pour lui permettre de s’exprimer beaucoup plus longuement : sur le drame qu’elle a vécu. Et sur la source de son espérance au milieu d’une vie qui porte encore la marque de la souffrance.

La barque de Pierre ira au large malgré le gros temps !

Jeudi, mars 12th, 2009

Les derniers jours ont été lourds. Le gros temps, le grain et un temps de mars et ses giboulées, rudes pour la barque de Pierre [ici = l'Eglise, bien-sûr !]. Certains envisageaient peut-être en leur âme et conscience, ou sous la force de la tristesse, à défaut du maquis, le radeau de fuite et de survie. Mais la barque de Pierre, quel que soit le gros temps, poursuivra sa route vers le large, le grand large, sa raison d’être la plus profonde en raison de Celui qui la guide, le Seigneur ressuscité, plus grand que toutes les tempêtes.

Vous me direz peut-être : incantation ? Non, espérance, radicale. Et l’encouragement que constitue aussi la prise de parole publique de pasteurs comme le cardinal Schönborn, archevêque de Vienne [La Croix d'hier, 11 mars, en page 27], ou Mgr Dagens, évêque d’Angoulême [La Croix d'aujourd'hui, 12 mars, en page 27 également]. « On ne souffrirait pas autant pour l’Eglise si on ne l’aimait pas », affirme celui-ci, tandis que le Cardinal Schönborn adresse avec vigueur des paroles de réconfort à tous ceux que la situation éprouve, affirmant aussi à deux reprises :  » [réconfort et encouragement...], j’en ai besoin moi-même tout comme sûrement beaucoup d’entre vous ». Quelle bonté de nous le dire ! Des paroles de sincérité qui valent beaucoup de réconforts.

Alors le cardinal Schönborn parle de la barque dans laquelle les pêcheurs du lac devenus apôtres, se trouvent avec Jésus quand une tempête assez rude les fait se tourner vers Jésus… Et lui apaise la tempête et les appelle à la foi.

J’ai le sentiment que l’on en est là nous-mêmes : le grain que l’on a le sentiment d’essuyer a parfois la force des giboulées. Mais nous tiendrons, dans l’espérance, sans rien renier – surtout  ! – de l’humanité, et sans rien perdre – à aucun prix ! – de l’Evangile.

Bon vent !

Semences d’actualité

Mardi, mars 3rd, 2009

Attente encore, en Guadeloupe et Martinique, pour les accords conclus mais encore non signés, roses blanches à Levallois pour Cécile, comme pour conjurer la peine et l’incompréhension de la violence et de la mort par de discrètes semences de tendresse et d’espérance, capitaux pour reconstruire à Gaza, mais le « re » de reconstruire blesse, tant il est régressif… Page arrachée à la marche si lente parfois de l’humanité en croissance d’être, ici comme souvent par fractures successives.

Eh bien, ils sont pèlerins sous la neige !

Mercredi, février 11th, 2009

Il est des lieux dont la capacité donne d’emblée le nombre de personnes présentes. Ainsi à Lourdes la basilique souterraine Pie X, qui a une capacité de près de 25000 personnes. Et elle était pleine ce matin. Ce qui donne une idée de la fréquentation de cette capitale spirituelle pyrénéenne qu’est Lourdes en ce 11 février. La langue dominante est l’italien. C’est une tradition à cette date : le lieu est plein de pèlerins qui n’ont pas hésité à franchir sans sourciller les Alpes pour cette date et sont là. Oui, le pèlerin est là, sans autre question que d’être là. Il est là parce qu’il pressent que « là » on est sur un épicentre spirituel, un épicentre de la grâce.

La nature ne gâte pas vraiment le pèlerin aujourd’hui, il est vrai : la pluie demeure froide, au point de tomber à certains moments en neige lourde. Mais le coeur est léger, je le disais hier. Le 11 février est toujours une journée d’exception pour Lourdes, en l’anniversaire de la première apparition de la Vierge à Bernadette… déjà en 1858 par un temps d’hiver ! Mais comme il est froid aujourd’hui !

Et je ne peux m’empêcher de penser qu’il est des hivers rencontrés par la grâce. Lourdes en ce sens est bien un signe d’espérance infiniment plus large, en ce temps où l’hiver est plus sensible pour beaucoup. Hiver au calendrier, à la météo… et de tant d’autres façons.

Eh bien Lourdes dans ce contexte immense est un signe d’espérance. Et même l’hiver, ça vaut le coup d’y venir. On s’y ressource. Et je vous en reparlerai volontiers.

Aujourd’hui, j’ai envie de parler de bonheur !

Vendredi, janvier 30th, 2009

Les raisons seraient multiples de parler de choses graves, de celles qui vous tiennent solidement au corps ou au coeur. Celles qui demeurent en tête et semblent ne pas vouloir en bouger, qu’on se lève ou qu’on dorme, que l’on travaille ou que l’on aille simplement son rythme : société, remous de l’économie, interrogations sur des affirmations d’hommes d’Eglise qui blessent en profondeur. Et je feuillette Pèlerin, en ayant vu le titre de cette semaine, mais le mettant momentanément en suspens : « Être heureux c’est possible » (entretien avec Boris Cyrulnik), comme pour attendre d’abord des signes de confirmation.

Je feuillette, et je laisse images et titres, rythme du journal, me porter, plus doucement encore que les navigateurs solitaires du Vendée Globe, qui à l’heure qu’il est, affrontent la vague plus peut-être qu’elle ne les porte. Et je vois des couleurs tendres malgré elles, qui montrent la dévastation des forêts landaises. Peut-être les couleurs tendres sont-elles celles de la nature, qui résiste malgré tout. Peut-être sont-elles dûes au photographe – oui, aussi ! – mais aussi à ces hommes en bleu et en jaune, qui marchent au sol ou en hauteur pour rétablir le contact et la vie.

Je retiens mon souffle ensuite, comme chacun, face aux photos certes lumineuses, qui évoquent le schisme intégriste. Comme chacun, cette question et tout ce qu’elle entraîne, me blesse. Mais vient une page sur les chrétiens de Gaza, et des amis m’ont transmis il y a peu une lettre poignante du curé de Gaza durant les événements. Autre visage de l’Eglise, aux prises avec le monde, et qui forge envers et contre tout de l’espérance. Puis solidarité dans le Nord-Pas de Calais, mon pays. Ils marchent, ils ont du peps ! Puis St Paul Hors-les-Murs, lutte contre le cancer, et le visage très humain de la justice des mineurs, encore dans le Nord (oui, Bienvenue dans ce pays !), où s’est rendu avec passion Benoît Fidelin. Puis Simone Weil, « une âme éprise d’absolu »…

Alors oui, Boris Cyrulnik, OK pour l’option de bonheur annoncée. « Etre heureux, c’est possible », dites-vous ? Au bénéfice du doute, j’accepte d’aller y voir. Et merci aux marcheurs innombrables de ce numéro de Pèlerin ! Ils ont du souffle, et tout en couleurs, m’en donnent.