Regard

Mercredi, juillet 29th, 2009

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Oui, juste revenir du regard, doucement protégé par ce feuillage hospitalier, sur la beauté de la mer et des côtes, de ces étendues boisées qui conduisent au bleu tendre, ici sur la photo, du golfe d’Ajaccio.

Une pensée, sur le bienfait immense de laisser se refaire en soi les capacités d’émerveillement, laisser se refaire les forces intérieures, et la capacité à contempler et à voir, du regard intérieur, la beauté des êtres autant que la rudesse des événements, la beauté aussi de l’homme solidaire. Laisser les forces de l’indignation demeurer intactes, contenues seulement mais sans contrainte, par la sérénité croissante qu’offre le temps de l’été, et que l’on souhaite à chacun. Que je vous souhaite, avec amitié.

Marcher en images

Dimanche, juillet 26th, 2009

J’ai décidé de continuer à marcher en images. Cela complète les autres marches, ou les remplace parfois, quand elles ne sont pas possibles, puisque ce sont les départs en vacances pour les uns, plus tard pour les autres, ou pas du tout même. Marcher en images, c’est traverser les impossibilités et prendre le large. Alors je vous dédie aussi ces images.

Celles-ci aujourd’hui, de Corse, ces lieux qui sentent la cendre alentour et malgré les vents de mer, parce que des incendiaires ont mis à mal des espaces entiers, pourtant tellement beaux. Tristesse de ces feux incendiaires. Et hommage aujourd’hui à – et rêverie en – ces lieux !

Parti sur les chemins

Mardi, juin 16th, 2009

Absent quelques jours, pèlerin au Mont saint Michel, pris intérieurement dans les marées infinies qui travaillent silencieusement la baie… et le coeur de celui qui passe, ou s’engage et traverse. Marcheurs et pèlerins guettent en effet le reflux silencieux de la mer, pour s’aventurer là où la nature est plus forte que tous, impressionnante. Ils marchent sur le sable souvent encore mouillé et frais, parfois sec, ensoleillé. Ils revivent les traversées infinies de tant de gens de partout. Ils revivent, le savent-ils, celle des Hébreux passant la mer et fuyant les forces redoutables de Pharaon. Traversée intérieure aussi.

Une telle traversée porte en elle-même le signe de la vie, exposée à plus grand qu’elle, friable et fragile, étonnante. Elle porte comme le Mont lui-même et son archange, le signe des combats essentiels, de celui entre bien et mal, et les questions des fins dernières, qui travaillent l’homme.

Des centaines de moines vécurent au fil du temps sur ce Mont et dans la très impressionnante abbaye qui le domine. Des prisonniers aussi y passèrent de très sombres années, quand on vida le monastère de sa force de prière pour remplacer celle-ci par le silence ou les cris. Ils y vécurent – pas difficile du tout à imaginer quand on est dans l’antre de cet édifice prodigieux -, dans des conditions de vie que l’on n’ose imaginer, dans l’humidité et le froid. Le désespoir aussi !

Que l’on ait ou non le pas ou le coeur pèlerin, le monde « tourne » pendant tout ce temps, et la marche ne distrait pas de ce chemin immense de la vie des hommes et des peuples. Pensée immense ici et aujourd’hui même, pour l’Iran. Le rêve de liberté, que plusieurs paient cher, trop cher…

Trois livres et une nostalgie

Jeudi, mars 26th, 2009

Une note un peu plus longue que les autres : à lire avec mesure ! Bonne lecture !

Parmi mes lectures récentes, ne riez pas, celle de deux livres pour enfants ou ados, et d’un autre… résolument pour adultes, mais les trois curieusement ont en commun, une certaine nostalgie, en même temps qu’un étrange goût de fraîcheur. En commun aussi d’emmener loin, et même très loin, sur de vastes horizons et en soi-même. Migrations étonnantes et immenses, non exemptes de tristesse parfois, mais aussi de vie, intensément.

noeLe premier est un livre récent de Claire Clément : Noé [Bayard Jeunesse 2008]. L’auteur n’en est pas à son premier prix, et Noé a obtenu le très enviable prix Chronos, en France et aussi en Suisse, prix décerné par un jury d’enfants !

Le livre emmène vite sur les routes et les canaux. Noé en effet, de ses dix ans, est affronté déjà, comme beaucoup d’autres enfants, aux difficultés et coups de la vie. Homère le canard d’ailleurs, le fut aussi, qui semble préfèrer désormais la compagnie des hommes et la terre sèche, aux abords de l’eau.

Perdant sa mère, Noé a été recueilli par ses grands parents et découvre avec eux la vie sur une péniche. Le lecteur avec lui devient petit marinier, et accueille parmi ses amis Freddy, le capitaine du « Bon vent », mais aussi Gaëlle… Jusqu’au jour où s’ouvre le voile, sur des univers étonnants et insoupçonnés. L’adulte qui lit ce livre n’est pas en reste, car au fil des écluses et des rencontres, lui aussi tisse les fils d’une histoire qu’il peine à terme à laisser… Mais l’entraînant à penser, le livre demeure en lui, compagnon mystérieux…

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Aussi c’est avec bonheur qu’il poursuit le chemin, sur les pas d’autres personnages, mais une route étrangement semblable, avec Anne-Laure Bondoux (auteur de deux autres livres magnifiques : Les Larmes de l’assassin et Pépites). On s’aventure alors dans une bouleversante histoire d’exil, dans laquelle vérité, mensonge peut-être, et quête du bonheur se tissent au fil d’une histoire, très proche de tant d’images et de lieux vus sur le petit écran ces dernières années. En ouvrant le livre, on a l’impression d’y être rentré sans y prêter attention, par un après-midi de soleil. Et désormais, on y marchera, sur une route qui part du Caucase pour aller… en tant d’autres lieux, avec une seule peur peut-être, la pire en tout cas : celle « d’attraper » peut-être, sans s’en apercevoir, « un désespoir » ! Mais Gloria veille, et le lecteur comprend vite, avec le petit Koumaïl qu’il ne lâchera plus, et qui avec Gloria vit cet étrange exode en même temps que ce lent exil, que face au risque d’un désespoir, le meilleur remède c’est d’espérer et d’avancer.

Et l’on reçoit au visage dans cette marche, comme une brise tiède et bienfaisante, la détermination implacable de Gloria, qui emmène de l’avant, inlassablement et malgré tout. Et si dans cette marche contrainte on a mal aux pieds, on s’imaginera simplement que ce sont ceux d’un autre. Ce remède marche… et permet de marcher.

Juste un indice sur la suite : les premiers mots du livre :

« Lorsque les douaniers m’ont trouvé, tapi au fond d’un camion à la frontière française, j’avais douze ans et j’étais seul. Je n’arrêtais pas de répéter :
jemapèlblèzfortunéjesuicitoyendelarépubliquedefrancecélapurvérité. Je ne savais pas que mon passeport était trafiqué, et en dehors de ces quelques mots je ne parlais que le russe. Je ne pouvais pas expliquer comment j’étais venu du Caucase jusqu’ici, dans le pays des droits de l’homme et de Charles Baudelaire. Surtout, j’avais perdu Gloria. Gloria Bohême, qui s’était occupée de moi depuis que ma mère avait disparu. Avec elle j’avais vécu libre, malgré la guerre, malgré les frontières, malgré la misère et la peur. Elle me manquait terriblement, mais j’ai toujours gardé l’espoir de retrouver cette femme au coeur immense, qui avait le don d’enchanter ma vie… »

La suite, il faut la lire dans le livre, qui vient justement d’être publié aussi en édition adulte, tant il parle au-delà des frontières d’âges ou de générations. Et l’on ne se remet pas vraiment de cette lecture. Tant mieux !

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 Nostalgie d’une terre mère encore peut-être, que le magnifique petit livre d’Annie Wellens, qui fut libraire à La Rochelle et découvrit un jour une correspondance entre la libraire dont elle acheta le commerce, et un homme qui n’entra semble-t-il jamais dans la boutique, mais y vint souvent, ne serait-ce que pour y glisser parfois discrètement son courrier.

Nostalgie de la Bible, désespérément close pour lui. Nostalgie des chemins de sa lecture : doivent-elles bien passer par les arcanes multiples de l’analyse, des connaissances, ou encore du partage en liberté mais aussi sans repères ? Passage un jour par Claudel et d’autres poètes et auteurs, par les Pères de l’Eglise même, sur fond de nostaglie… ou de recherche. L’espoir secrètement chevillé au coeur de lire ce livre comme on boit aux sources, ou encore comme on trouve une nourriture forte et vive en chemin.

Et ce petit livre délicieux et non dépourvu d’un très sympathique humour, laisse entendre que chacun, justement avec la Bible, peut faire son chemin. Je souscris au diagnistic et vous recommande aussi ce livre.

Soleil de Provence

Samedi, mars 21st, 2009

Pour entrer dans le week-end, quelques couleurs de Méditerranée et de Provence : arbres en fleurs, élevages de taureaux rejoignant les prairies toutes en herbe fraîche… et Sète, les couleurs de la mer, le vent du large. Pensée pour Brassens et pour Paul Valéry. Préparation aussi de marches en pensée, en projets : ainsi une Université d’été de l’Assomption (UEA) en août 2010 sur le sujet, et plus proche, un Congrès des directeurs de Pèlerinages en novembre, sur ces lieux de migrations, de pèlerinages et de culture. Et ici sur ce blog pour le rêve et l’air du large. Bonnes routes !

Reprendre souffle

Samedi, janvier 31st, 2009

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 Week-end ! Desjoyeaux s’approche des côtes, après des semaines de navigation en solitaire, de grain, de soleil, de veilles et de regard infini sur l’océan. Il a baroudé et voit aujourd’hui les côtes. Fascinés, beaucoup sont au plus près de l’accès aux Sables (d’Olonne !), pour apercevoir et accompagner un peu s’ils le peuvent Foncia, le bâteau sur lequel il a fait cette traversée.

Peut-être en ces instants a-t-on le sentiment diffus d’avoir fait soi-même un peu le chemin, puisque l’on est à l’arrivée. Mais l’on pressent la distance infinie entre celui qui a suivi de loin et celui qui a fait la traversée.

La pensée me vient, que nous qui aimons, surtout le temps d’un week-end, prendre intérieurement le large, nous le voyons avec cette arrivée du grand large, venir à nous. L’arrivée de Desjoyeaux nous entraîne au large puisqu’elle amène jusqu’à nous le grand large !

Alors en photo, pour poursuivre le voyage ou le rêve, dans ce sentiment étonnant du grand large, la mer. Ici une mer de nuages, vue de plus haut encore même [photo d'altitude !], et qui ressemble tellement à la mer. Espaces infinis au coeur aussi de nous-mêmes. Et un week-end pour leur permettre de se redéployer, et à nous-mêmes de nous redéployer.

Simplement regarder la mer, ou plus près de nous quand nous sommes loin des côtes, regarder le ciel, et reprendre souffle… En pensée en tout cas, car chacun bien-sûr, continue d’être actif. Sous le magnifique ciel d’hiver. 

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L’itinérant et la déroute

Mercredi, janvier 7th, 2009

Dans le contexte d’aujourd’hui, de partout, le mot pourrait sonner avec violence. Oui, la déroute, souvent proche, si proche du malheur. Mais les marins eux aussi aujourd’hui ouvrent une voie ou la voie, et donnent au terme un sens heureux, solidaire, qui impressionne et réconcilie un peu avec l’existence.

Le navigateur Jean Le Cam, après son chavirage au large du cap Horn, a passé on le sait des heures noires dans le fond de sa cale retournée, le reste du bâteau prenant l’eau de plus en plus. Un autre concurrent, ce mot qui ne fleure pas très bon la solidarité normalement, s’est dérouté, pour se rendre sur zone et l’appeler depuis son bâteau, dans une mer pourtant formée et forte. Il a tourné plusieurs fois autour de son compagnon parvenu à remonter en surface mais cette fois exposé à la vague. Il a tourné quatre fois, ce qui est beaucoup pour un voilier aux grandes dimensions, quand un homme est à la mer. Et il a pu lui lancer le cordage pour le ramener à bord et le sauver.

Ainsi déroute n’est pas dérive. (suite…)