Les vacances : l’autre temps

Jeudi, juin 25th, 2009

Un blog de marcheur ou de nomade connaît des temps de pause. On boit aux sources, on reprend souffle. Ou bien parfois le chemin est ardu, comme sur les pentes escarpées. Mais écrivant cela, je pense aux montagnes que j’aime et auxquelles je ne peux m’empêcher de penser je crois, de plus en plus, comme pour les rejoindre déjà en pensée avant même que le calendrier n’en libère le temps… qui serait bienvenu. Car la fin d’année, universitaire, scolaire… peu importe les noms qu’on lui donne ! ce temps de juin que chacun connaît d’expérience comme un temps chargé, est bien de ces temps de chemins escarpés. Beaucoup de choses viennent à échéance ou doivent y parvenir, et l’esprit un peu emprisonné s’évade. Il a raison. Il est bon guide. 

Or voici comme un présent dans un courriel adressé à quelques uns et dont je suis aussi destinataire, les paroles d’un poème, d’un auteur que je ne connais pas – J.M. Bedez -. Remerciant qui les a envoyées, je reprends ces paroles, comme un présent à vous, comme une brise légère, un parfum de montagne, un livre ouvert dont le vent tournerait doucement les pages quand la pensée est ailleurs peut-être…

Voici le temps de l’autre temps.
Celui qui ne nous est pas imposé,
qui ne martèle plus nos journées
et ne nous oblige plus à courir.

Voici le temps de la découverte,
sans brutalité, sans précipitation,
sans orgueil, mais non sans effort.
Le temps de regarder pour voir,

le temps d’écouter pour entendre…
C’est le secret des hommes
et de l’homme, qui est là,
à portée d’yeux, de main, de coeur.

Voici le temps de sortir des limites,
des habitudes, des programmes.
D’aller en pays nouveaux,
de découvrir l’inconnu
au-delà du connu.
Voici le temps de l’autre temps.

Je vous souhaite de cet autre temps, quelle que soit la date de vos vacances ou ce qui en tient lieu, car tous loin s’en faut n’en ont pas. Mais ce temps intérieur… comme une brise légère !

Un film sur la fin du monde !

Samedi, juin 6th, 2009

500 heures de tournage pour… 2 heures de film. Et parce que la cause est urgente, ce film est libre de droit et a déjà été téléchargé plus d’un million de fois sur Youtube ! Home, le film que vient de réaliser Yann Arthus-Bertrand, et dont les téléspectateurs ont pu voir hier soir de magnifiques et impressionnantes images.

« Un film sur la fin du monde », déclarait Yann Arthus-Bertrand hier soir en commentant ces images. Car c’est ce qu’il a eu le sentiment de réaliser, tant la question de la sauvegarde de la planète est urgente. En effet, il est grand temps : 10 ans affirment les scientifiques. La planète, dans le réchauffement climatique, pourrait être comme du lait sur le feu, lorsqu’il est prêt à bouillir et qu’en très peu de temps on ne contrôle plus rien. Mais pas pessimiste pourtant, Yann Arthus-Bertrand : « Il est trop tard pour être pessimiste , martelle-t-il dans le film. Nous pouvons changer !  » Et en écho, lorsqu’il est interviewé, sans hésiter : « l’engagement rend heureux », ajoute-t-il. Avec encore ce commentaire :  « Ce travail me transforme. »

Nous aussi ! Et on se prend à rêver, immensément. Devant tant de beauté et de détermination. A suivre donc. Un peu comme on suit le guide en montagne !

A l’alpage

Samedi, février 21st, 2009

Oui, encore cette autre photo, prise aussi au tournant d’un sentier de montagne dans les Alpes. Beauté de l’alpage, de la montagne. Regard infini. Et la prière qui simplement veille.

Statue de la Vierge au tournant d'un chemin de montagne

Statue de la Vierge au tournant d'un chemin de montagne

Regard large

Samedi, février 21st, 2009

C’est le week-end. Le temps pour chacun de reprendre force et souffler. De prier aussi, simplement. D’ouvrir le regard… Ces quelques photos prises en des lieux que j’aime, et peut-être vous aussi, en présent au début de ce week-end, pour respirer plus large, ouvrir le regard et peut-être, en toute liberté intérieure, prier.

Car il y faut du courage

Mercredi, février 18th, 2009

Dans les hauteurs, ils glissent sur les pistes, grand ciel bleu… on l’espère. Dans les îles lointaines et si proches de nous, c’est l’inquiétude qui prévaut, et tout ce que dicte la crainte du lendemain quand elle se fait sentir de façon trop brutale. Et nous nous allons, étrangers ni aux uns ni aux autres, aspirant aussi à un ciel plus bleu… pour tous.

Avec quelques couleurs de nature pyrénéenne toute en mouvement, j’en fais mon souhait pour vous aujourd’hui. Oui, un peu de ciel bleu… pour tous !

Mais je retrouve cette brève prière du Frère Roger de Taizé et la partage avec vous aussi, comme une ouverture ou un tracé de lumière, où que l’on soit, où que l’on en soit : « Jésus, lumière de nos vies, priait-il, tu connais nos fragilités, mais tu viens les transfigurer. Regardant vers ta parole, nous attendons que l’astre du matin illumine nos coeurs et qu’une espérance se lève sur le monde, comme un jour nouveau qui déjà commence à poindre ».

A la chapelle saint Elie, n’était-ce pas aussi ce qui était signifié ? Pour tous.

Clair-obscur dans les Pyrenees - à Lourdes

Clair-obscur dans les Pyrenees - à Lourdes

Colverts sur le Gave

Colverts sur le Gave

 

Israël retient son souffle

Lundi, février 9th, 2009

Oui, Israël vote ce mardi. Un vote attendu. Les événements de Gaza n’étaient probablement pas étrangers à cette effervescence montante. On dit les candidats au coude à coude, et les plus radicaux arbitreront. Le pèlerin de Terre sainte ne se sent pas étranger à toute cette effervescence et aux décisions qui vont se prendre et marquer une nouvelle étape de l’histoire. Il prie le ciel d’être aussi étoilé que celui que contempla Abraham tandis que Dieu lui faisait une promesse de bonheur « pour tous les peuple de la terre » (il faut relire le magnifique chapitre 12 de la Genèse, qui n’en finit pas de résonner encore dans tous les chapitres qui suivent).

Le pèlerin prie pour la paix dans cette terre d’incarnation. Il sait qu’il ne peut rêver, mais seulement prier, de tout son être, arcbouté sur la prière et sur le ciel comme le fut Moïse un jour où Israël affrontait un défi majeur pour sa survie. Moïse alors monta avec quelques uns au sommet de la colline dominant le champ de l’affrontement contre les Amalécites (et on peut aussi relire le livre de l’Exode au chapitre 17). Le récit est assez imagé pour poursuivre ainsi : « [...] Mais les mains de Moïse s’alourdissaient. On prit une pierre, on la plaça derrière lui, et il s’assit dessus. Aaron et Hour lui soutenaient les mains, l’un d’un côté, l’autre de l’autre. Ainsi les mains de Moïse demeurèrent levées jusqu’au coucher du soleil… » Quand Moïse de fatigue laissait retomber les bras, c’était la déroute d’Israël, qui l’emportait chaque fois que Moïse tenait dans cette rude mission, assis finalement sur une pierre et les bras levés.

Oui, il est des jours où il faut se soutenir ferme dans cette tâche de parler au ciel tandis que la terre cherche son chemin. Manifestement une tâche rude, mais merveilleuse, et à poursuivre sans trêve. Pour cette partie du monde et pour les autres aussi.

Dans les nuages

Samedi, janvier 17th, 2009

« Vous êtes dans les nuages ! » La phrase sonne souvent comme un rappel dur aux oreilles de l’enfant quand on le lui dit pour le rappeler à la réalité. Elle sonne tout autrement aux oreilles de qui les entend en altitude, montagnard en pleine course ou voyageur en altitude. Elle sonne alors un peu comme… une sorte de barrière ouverte aux rêves, ou à la détente, à des espaces aériens et plus doux, infinis.

Peut-être est-ce un peu cela aussi le rythme que permet – mais pas toujours ! – l’entrée en week-end. Alors je prends cet avertissement discret comme un souhait ou un appel au débrayage ou au rêve : Vous êtes dans les nuages. Il est un peu permis de rêver.

Le paysage évolue alors, paysage extérieur et paysage intérieur. Image à terre et sous la pluie, d’abord, puis du haut des nuages, plus haut que la grisaille, quand les nuages semblent former une mer qui ondule et parfois se creuse, ouvrant ici ou là en profondeur des abîmes – à terre ! – que la neige de l’hiver recouvre légèrement, leur donnant à eux aussi, même au ras du sol, une allure de nuages.

Répliques une fois encore entre la terre et le ciel, comme il en est d’autres dans la vie quotidienne où prennent parfois un sens infini, on ne sait pourquoi, les mots de la prière chrétienne, lorsque l’on dit, laissant résonner en soi des paroles qui nous dépassent mais que Jésus enseigna : « sur la terre comme au ciel ». Et les autres mots de cette prière aussi, qui apprend au plus profond cette correspondance entre le monde des hommes et celui de Dieu, qui n’en font peut-être qu’un, personnellement je le crois.

[des photos viendront, ce lundi. En attendant, voici celles ci-dessous, apparentées]

Oui, il est des correspondances qui donnent à penser. Paraboles de l’essentiel semées dans un quotidien d’hommes et de femmes pèlerins du quotidien.

L'ombre s'allonge et le bâtiment prend une dimension infinie

L'ombre s'allonge et le bâtiment prend une dimension infinie

Vue sur le Chatelet - matin d'hiver

Vue sur le Chatelet - matin d'hiver

Alors oui, vous êtes dans les nuages ! La trêve des soucis n’est jamais entière ou rarement, et les bruits du monde continuent de venir. Mais justement, les nuages donnent une surface ou un volume large pour écouter autrement… et vraiment les entendre. Dans les nuages, le coeur se reconfigure, doucement.

Sur les traces de…

Mercredi, janvier 7th, 2009

Evoquant routes et déroutes, solidarité et parfois survie, me reviennent ces mots d’Erri De Luca, parlant des grandes courses himalayennes. « La descente, dit-il, fait partie de la montée, elle t’incombe et tu dois l’exécuter avec la même précision, même si c’est avec une moindre dépense d’énergie. […] Dans la descente, on complète le sommet . Ce n’est pas une ligne d’arrivée, le sommet, parce que tu ne t’arrêtes pas là, il te faut descendre…». Et il ajoute ceci : « Aucune ligne d’arrivée n’a de valeur, si tu as laissé derrière toi un alpiniste en difficulté. » [Sur la trace de Nives, Gallimard, 2005, p. 52, 51 et 56, cité dans mon livre Nomades, Bayard, 2008, car ces mots définissent aussi tellement bien le pèlerin !]. Oui, mieux vaut se dérouter.

L’itinérant et la déroute

Mercredi, janvier 7th, 2009

Dans le contexte d’aujourd’hui, de partout, le mot pourrait sonner avec violence. Oui, la déroute, souvent proche, si proche du malheur. Mais les marins eux aussi aujourd’hui ouvrent une voie ou la voie, et donnent au terme un sens heureux, solidaire, qui impressionne et réconcilie un peu avec l’existence.

Le navigateur Jean Le Cam, après son chavirage au large du cap Horn, a passé on le sait des heures noires dans le fond de sa cale retournée, le reste du bâteau prenant l’eau de plus en plus. Un autre concurrent, ce mot qui ne fleure pas très bon la solidarité normalement, s’est dérouté, pour se rendre sur zone et l’appeler depuis son bâteau, dans une mer pourtant formée et forte. Il a tourné plusieurs fois autour de son compagnon parvenu à remonter en surface mais cette fois exposé à la vague. Il a tourné quatre fois, ce qui est beaucoup pour un voilier aux grandes dimensions, quand un homme est à la mer. Et il a pu lui lancer le cordage pour le ramener à bord et le sauver.

Ainsi déroute n’est pas dérive. (suite…)

Bruits de chenilles et marche en arrière

Mardi, janvier 6th, 2009

Une marche qui piétine l’humain peut-elle rester humaine ? La question me poursuit et tout en moi répond non. Ce n’est pas le lieu ici de simplifier des questions politiques que je sais très complexes. Mais la marche… Marche en avant d’armées. Recul de populations, recul de la haine ? Recul de l’humain… L’homme est un être de parole. L’absence de parole se muant en violence, la boucle se resserre en étau, serré très fort, trop fort, où chacun se déshumanise.

Plomb durci. C’est le nom de l’opération armée sur Gaza. Alors ‘Plomb durci’ peut-il adoucir la haine et construire la paix ? Peut-il faire avancer les choses ? Je lisais il y a quelques jours un édito du grand journal israélien Haaretz. Tom Segev, dans cet édito, en doute. « Encore une guerre pour rien » dit-il. Quel gâchis !

Eh bien nous continuerons la marche en avant, solidaires de toutes les forces de paix. Et dans la nuit et le silence, à cours de mots mais pas de pensée, nous ouvrirons une voie, comme on le fait dans les montagnes justement sur les grandes faces Nord. Une voie pour la prière. Une voie [une voix ! ] de prière, appelant de la douceur du ciel sur la terre.