Le vol fragile de la colombe de la paix

Mercredi, juin 10th, 2009

Je trouve à l’instant cette dépêche AFP. Elle parle des chemins de paix, auxquels on pense de plus en plus pouvoir croire. Alors j’y fais écho sans tarder : L’émissaire américain pour le Proche-Orient George Mitchell a réitéré mercredi en Cisjordanie le soutien américain à la création d’un Etat palestinien, affirmant que son pays ne « tournera pas le dos » à la quête palestinienne d’indépendance. « Le président des Etats-Unis et la secrétaire d’Etat ont clairement énoncé notre politique: la seule solution viable à ce conflit passe par la réalisation des aspirations de deux parties dans deux Etats », Israël et la Palestine, a-t-il déclaré à la presse à Ramallah en Cisjordanie.

M. Mitchell s’exprimait après un entretien avec le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, au lendemain de ses entretiens avec les dirigeants israéliens dans le cadre d’une nouvelle tournée régionale. « Israéliens et Palestiniens ont la responsabilité de respecter leurs obligations prévues par la Feuille de route », a-t-il ajouté. On le sait, la Feuille de route, lancée en 2003, est un plan de paix soutenu par la communauté internationale qui prévoit à terme la création d’un Etat palestinien au côté d’Israël. Mais elle est largement restée lettre morte depuis.

La colombe de la paix a du souffle. On entend le frémissement léger de son vol fragile ! Suspendez le souffle, regardez. En gardant au coeur des mots de paix, et le murmure léger d’une prière tenace.

Une rose blanche à Buchenwald et des paroles de paix

Samedi, juin 6th, 2009

 Sentiment qu’il a du charisme Obama. Son prénom évoque la bénédiction, est-ce entièrement un hasard ? Et dans le monde comme il va, c’est du bonheur profond d’entendre des paroles de paix infatigables. Celles du Caire étaient tellement bonnes à entendre, après celles sans nuances de Bush pendant huit ans, qui mêlait Dieu inconsidérement aux choses et à ses choix politiques parfois de peu de vision. Qu’il est bon d’entendre cet homme à la parole et à la présence simples, Obama. On parle d’obamania. Ce n’est pas la meilleure chose qui puisse arriver. Le côté mania est peu porteur et sujet aux vents changeants. Les vents et la mania peuvent changer vite. Les paroles de paix non.

Donc au Caire, Obama, puis sans transition ou à peine, à Dresdes. Déjà tout un symbole. Mais aussi Buchenwald. Là les mots se taisent. Ils n’étaient que quatre ou cinq en ce lieu. Peu de mots, peu de gestes, mais symboliquement forts. Une rose blanche, l’expression d’une émotion totale et des paroles sans faille sur l’horreur. Et Elie Wiesel, nobel de la paix, juif qui a connu ces lieux, et son père aussi qui y mourut. Occasion pour Obama de redire une fidélité sans faille à Israël. Mais le rappel aussi de la justice pour que vienne, sans plus de retard, une paix… juste entre Israël et les palestiniens.

Il y a un mois, Benoit XVI (tiens ! son nom aussi signifie une bénédiction !), dans une parole semblable. Aujourd’hui Obama. Et il y revient, signe qu’il ne lâchera pas ce dossier. Tant de choses autour de la paix s’attachent à cette terre, que personnellement j’aime, profondément, mais qui souffre trop.

Puis ce furent  Caen, et Colleville-sur-Mer, et les paroles encore de la mémoire. De l’humanité profonde. Ce soir, le couple Obama est à Notre-Dame avant une soirée parisienne, en famille.

D-day, Jour-J… Il est des jours où on a le sentiment de grandir en humanité. C’est aujourd’hui. Respiration profonde. Un ange [de la paix !] passe. Bon dimanche !

 

 

Obama : la marche tenace

Vendredi, juin 5th, 2009

Je ne suis pas politologue, même si je pense quelque chose de notre pays et de la vie du monde. Et il me semble même que l’on ne peut s’empêcher de penser quelque chose, sur la vie de tous et le rythme du monde, sur les questions liées à la justice, à la répartition des biens, à la façon d’organiser la société, la santé, l’éducation… Penser aussi quelque chose de l’Europe, même si tout n’est pas toujours simple en la matière ! Et dimanche, de ce côté là il faut aussi passer à l’acte [de vote].

Penser et agir. Marcher aussi. Je suis impressionné actuellement par la grande marche d’Obama : Egypte, parole au monde musulman, Allemagne, plages du débarquement… Parler de l’homme et de ce qu’il devient. Une question urgente, partout.

Pour moi cette marche est une marche pèlerine… aussi. Le pèlerin est au plus profond chercheur de paix.

Un voyage plus important que prévu

Mardi, mai 19th, 2009

Sous la plume de Michel Kubler hier, dans son édito de La Croix, une évaluation du voyage-pèlerinage du Pape Benoît XVI en Terre Sainte. A la fois voyage et pèlerinage, là où Jean-Paul II fut essentiellement lors de sa venue sur le versant pèlerinage. Michel Kubler observe trois grandes dimensions de ce voyage, et le fait que de surcroît elles soient liées.

La première dimension est sa démarche personnelle de croyant sur les lieux où vécut le Christ : moments de solitude au Mont Nébo (évocation ici de Moïse), à Béthléem, à Nazareth et au Saint Sépulcre. Ensuite une dimension pastorale : une parole d’espérance aux chrétiens vivant en ces lieux de façon parfois difficile. Le Pape a consolidé ses frères dans la foi. Enfin sur le plan interreligieux. Certes, le Pape a parfois eu des paroles maladroites depuis son accession au siège de Pierre, et l’on cite à l’envie Ratisbonne, les observateurs guettant parfois plus la faute que le message. C’est d’ailleurs le côté éprouvant de certains commentaires, qui s’évitent parfois, il faut peut-être le dire crûment, d’entendre et de penser. Oui, le Pape a su parler aux Musulmans aussi bien qu’aux Juifs, renforçant les bases même du dialogue interreligieux, note Michel Kubler.

Souci d’unité et préoccupation de la paix. C’est cela au fond le pèlerin.

Parce que monothéisme et paix sont liés

Vendredi, mai 15th, 2009

« Nos différentes traditions religieuses ont chacune un puissant potentiel pour promouvoir une culture de paix » a affirmé hier Benoît XVI à Nazareth, devant les responsables des différentes religions présents. Et on a vu Benoît XVI prendre la main d’un rabbin et d’un imam et les lever vers le ciel dans un même mouvement. Des gestes qui pour le moins ne lui sont pas familiers. Parce que la cause de la paix exige des gestes et un engagement total, qui auront été son souci tout au long de son voyage au proche-Orient. Benoît XVI aura ainsi, du Mont Nébo à Nazareth, en passant par l’Esplanade des mosquée et le Mur du temple, à Jérusalem, et encore à Béthléem et au camp de réfugiés d’Aïda, répété cette conviction que monothéisme et paix sont liés.

Ces paroles et ces gestes de Benoît XVI trouvent un écho dans la déclaration de Shimon Peres hier à l’Osservatore Romano, des mots attendus et dont on espère qu’ils soient suivis… de gestes : « Il faut arrêter les murs. Personne en définitive ne veut des murs, qui ont pour tous un coût très élevé ». Il ajoutait : « l’ensemble du message du pape a été un message positif et pourrait avoir des conséquences importantes » pour la paix au Proche-Orient. Une paix que l’on attend. Shimon Peres a confié aussi au Parisien hier que les relations entre le christianisme et le judaïsme n’ont jamais été aussi bonnes depuis 2000 ans : « je ne dirais pas que tout est parfait, cela ne peut pas l’être, mais c’est la meilleure période que nous ayons jamais connue ».

Rêve de paix. Celle-ci devra retisser tant de liens. Elle est urgente.

P comme pape, comme pèlerin et comme paix !

Mardi, mai 12th, 2009

Oui, revenu de Terre sainte et de Jérusalem, je suis, comme vous, avec un vif intérêt, l’itinéraire du Pape pèlerin sur les lieux évoqués ici même dans les jours récents, dans le pèlerinage virtuel que je vous proposais de vivre, un peu au même pas que moi. Et fatigué aussi des polémiques incessantes que l’on aimerait soulever sur son passage. Cette terre est merveilleuse, mais elle est comme une terre sèche qui attend la rosée… ou l’eau vive de paroles et de gestes de paix. Des paroles qui sont difficiles aux hommes, et qu’il faut bien aller cueillir chez Dieu pour pouvoir les donner. Car si c’est le souhait que chacun fait d’emblée en saluant quiconque : Shalom, Salam… la Paix, ces mots sont lancés comme un souhait, le plus beau, le plus profond. Mais le plus en souffrance aussi. Et cette terre attend des paroles de paix, des gestes de paix. Les psaumes le disent et le chantent comme la prière la plus vive :

Appelez la paix sur Jérusalem que reposent tes tentes !
Advienne la paix dans tes murs, le repos en tes palais !
Pour l’amour de mes frères, de mes amis, laisse-moi dire : paix sur toi !
Pour l’amour de la maison du Seigneur, je prie pour ton bonheur !

Ce sont des mots du Psaume 122, l’un des beaux psaumes dit des « montées » [dans la ville sainte], qui m’habite personnellement quand je suis en ce lieu, et que je ne cesse de redire en moi-même ces jours-ci, en demandant à Dieu de bénir le Pape pèlerin. Parce que l’on ne peut pas faire autrement que désirer de tout son être la paix pour ce lieu, et une paix dans la justice, comme un des autres psaumes de la Bible le chante aussi, parmi tant d’autres :

J’écoute. Que dit Dieu?
Ce que dit le Seigneur, c’est la paix pour son peuple et ses amis,
pourvu qu’ils ne reviennent à leur folie.
Amour et Vérité se rencontrent, Justice et Paix s’embrassent ;
Vérité germera de la terre, et des cieux se penchera la Justice ;
Le Seigneur lui-même donnera le bonheur et notre terre donnera son fruit;
Justice marchera devant lui et de ses pas tracera un chemin.

C’est le psaume 85. J’en fais ma prière et le propose à la votre. Oui, prière de tout mon être, et qui en rejoint tant d’autres… auprès du Pape pèlerin.

La route de Jérusalem

Jeudi, mai 7th, 2009

Après la rieuse et verdoyante Galilée, le pèlerin prend la route de Jérusalem. Un pèlerinage est toujours une découverte profondément humaine : rencontre d’une terre, d’un peuple dans sa vie d’aujourd’hui, et cette terre est une terre d’incarnation. Mais le pèlerin qui « monte » à Jérusalem, le fait aussi comme le fit Jésus, qui allait ainsi au coeur de la foi de son peuple, comme tout pèlerin d’alors le faisait trois fois l’an, mais en un pèlerinage infini. En ce lieu, il était à l’essentiel, là où tout se joue, où tout se donne, où tout est donné…

Oui, Jérusalem, ville étonnante, bruissante de vie, mais aussi d’appels : à la vie, à la rencontre, à la foi, à la réconciliation aussi. Le nom en hébreu est énigmatique : Yeroushalaïm. Peut-être, c’est en tout cas l’une des voies de compréhension, est-ce une forme plurielle, et même plus précisément duelle : ‘La ville des deux paix’. Celle du ciel et celle de la terre ? Recherche de paix totale, puisque cette ville ne peut être qu’à l’image de Dieu. Et le chemin est long. Mais l’appel incontournable.

Le pèlerin suit ici les chemins qu’un jour son maître suivit lui-même, entre le mont des Oliviers et celui du Temple. Au mont Sion aussi, dont le seul nom est un éveil intérieur. Cénacle, et partage du pain, dans lequel la vie est livrée avant qu’elle ne soit prise, aux abords de la nuit, dans les jours de la Passion. Lieu aussi de la Pentecôte et du commencement de tout pour le disciple, éveil ou réveil intérieur de tout ce qui y était déjà présent mais comme en sommeil.

Rencontre aussi du Saint Sépulcre, basilique qu’à la manière des chrétiens d’Orient on peut aimer appeler plutôt Eglise de la Résurrection, Anastasis (c’est le mot grec), avec cette discrète voix de l’ange qui vous dit : « Il n’est pas ici, il vous précède en Galilée ». Signal alors du retour, pour le pèlerin, en terres multiples, celles du fil des jours, celles de l’ordinaire, baignées de lumière, de la lumière souvent discrète mais pourtant radicale et réelle, du Ressuscité.

Et si tu veux la paix, prépare la guerre ?

Mercredi, mars 11th, 2009

Si vis pacem, para bellum ! Combien de personnes auront entendu ou dit ce vieil adage latin qui a fait marcher [souvent très à reculons !] le monde. Certains l’ont lu dans Astérix : moins grave déjà ! C’est un adage que l’on a longtemps cru vrai, mais qui – en tout cas formulé comme il l’est - est pervers. Préparer la guerre pour neutraliser la guerre ? La violence pour éteindre la violence ?

Bien-sûr il faudrait beaucoup plus de nuances, car penser une société n’est pas une question de bons sentiments. Mais le propre de la démocratie, c’est le partage de la parole pour une construction commune. La parole constitue fondamentalement l’homme. La cultiver est un apprentissage et un programme, et aussi un devoir. On le voit dans l’actualité (île de la Réunion, lycée de Gagny…).

Alors, ré-intégrer le commandement militaire de l’Alliance atlantique, dans l’OTAN ? Peut-être. Mais en cultivant aussi la parole sur chaque centimètre carré possible. Et en apportant le plus grand soin à toute forme de développement, car son absence aussi prépare la guerre. Le reste, ce serait, dans cet immense champ-là, de trouver aussi des semeurs et des jardiniers… pour des semis de Parole de Dieu. Elle régénère et fait croître. N’est-ce pas ce qu’avant-hier on se prenait secrètement à souhaiter pour le Brésil ? Je le dis avec une profonde humilité, car sur ce plan, chacun est en naissance, en croissance. En lente croissance…

Arcboutés sur la prière et sur le ciel

Mardi, février 10th, 2009

Ce soir je suis à Lourdes. La pluie est froide, mais le coeur des milliers de pèlerins présents est chaud. Et dans la nuit et la douce lumière que portent les pèlerins, le chant monte, comme une seule voix qui semble tutoyer le ciel, lui parlant ou lui chantant selon les moments, le cri de la terre et du monde, de ses espoirs, de ses attentes, de ses inquiétudes, de sa passion de vivre et d’aimer. En Israël, ils votent ou viennent de voter tout au long de la journée, et je ne peux l’oublier. Au moment où j’écris cette note, je ne connais pas les résultats de cette élection. Juste un sondage sortie des urnes donnant Kadima en légère avance sur le parti de Benyamin Nétanyahou, contrairement aux estimations et prévisions récentes. Mais les indications de ce sondage sont encore minces. Les choses, nous le savons bien, sont dans la réalité beaucoup plus complexes.

Dans la nuit, dans le chant, dans le souffle froid alternant avec la pluie, face à une lune pâle qui laisse apparaître successivement et lentement quelques nuages, éclairés doucement quand ils passent dans son rayon de lumière, je pense, intensément, à la paix. Je prie, intensément, pour la paix, pour ces élections, pour tous. Pour les familles – j’en connais tant – pour les gens seuls, ceux qui tracent leur chemin avec le sentiment de guère plus de lumière que cette lune pâle, mais pourtant réelle et belle dans la nuit.

Lourdes a le coeur qui bat toujours au rythme du monde et à celui du ciel, en même temps. La vie est faite souvent de ce double mouvement se rejoignant ou tentant de le faire, même si c’est parfois en léger décalage, en légère arythmie, en secrète tension. Comme va aussi, souvent, le pas du pèlerin.

Bruits de chenilles et marche en arrière

Mardi, janvier 6th, 2009

Une marche qui piétine l’humain peut-elle rester humaine ? La question me poursuit et tout en moi répond non. Ce n’est pas le lieu ici de simplifier des questions politiques que je sais très complexes. Mais la marche… Marche en avant d’armées. Recul de populations, recul de la haine ? Recul de l’humain… L’homme est un être de parole. L’absence de parole se muant en violence, la boucle se resserre en étau, serré très fort, trop fort, où chacun se déshumanise.

Plomb durci. C’est le nom de l’opération armée sur Gaza. Alors ‘Plomb durci’ peut-il adoucir la haine et construire la paix ? Peut-il faire avancer les choses ? Je lisais il y a quelques jours un édito du grand journal israélien Haaretz. Tom Segev, dans cet édito, en doute. « Encore une guerre pour rien » dit-il. Quel gâchis !

Eh bien nous continuerons la marche en avant, solidaires de toutes les forces de paix. Et dans la nuit et le silence, à cours de mots mais pas de pensée, nous ouvrirons une voie, comme on le fait dans les montagnes justement sur les grandes faces Nord. Une voie pour la prière. Une voie [une voix ! ] de prière, appelant de la douceur du ciel sur la terre.