Marcher dans la nuit froide

Samedi, janvier 22nd, 2011

Lourdes, au coeur de l’hiver, par un froid vif mais une luminosité étonnante. Et marcher dans la nuit, dans ce froid, jusqu’à la Grotte. Y demeurer pourtant, et y porter le monde. Y prononcer cette litanie des prénoms qui habite le coeur et se transforme en ce lieu en prière en laquelle il n’est plus de frontière. Sentiment encore, dans la solitude mais la clarté de ce lieu, que le ciel et la terre se rencontrent. Présence discrète mais douce et immense de la clarté de Dieu.

Ainsi la prière monte dans la nuit, à plein coeur, petite foule seule et porteuse de l’immensité. Bonheur.

Ciels de novembre

Vendredi, novembre 5th, 2010

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Comme vous sûrement, je suis allé marcher et me recueillir, dans le cimetière doucement ensoleillé en ce début novembre, où se trouvent ceux que j’aime et qui sont partis, passant le point fini du regard pour l’infini de Dieu. Nous échangeons souvent encore, mais autrement. Ainsi mes pensées sont allées aussi, dans ce cimetière, tandis qu’au rythme lent de celui qui marche peut-être tout à la fois à fleur de terre et à fleur de ciel, je regardais les noms, les dates, impressionné quand elles sont courtes ou renvoient à des visages et des êtres connus et proches.

La lumière d’automne était si douce, que j’aurais voulu en apporter ici, mais la technique est rebelle. Tant mieux peut-être ? 

Et novembre poursuit son cours. Nous sommes à la nouvelle heure, dans tous les sens du terme. Entrés un peu plus dans l’automne, ou l’été bientôt, de la Saint-Martin. Un mois doucement grave, un mois d’entre deux : entre la rentrée et la proximité en décembre, de Noël. Autres couleurs alors, du coeur et de tout.

Mais dans la grisaille, et après les marches récentes, nombreuses, brûlantes, c’est le rouge tutélaire de l’Extrême-Orient, couleur du bonheur là-bas, et voilà à grand bruit la Chine à nos portes et dans les avenues. Amitié entre les peuples, chiffres – élevés - de coopérations sur différents chantiers et contrats. Le contrat d’amitié veut semble-t-il que l’on se parle des choses bonnes à échanger, se taisant sur les autres. Amitié entre les peuples, qui n’est pas rien, mais où l’on ne sait si l’on attrappe le tournis pour un temps. Tout brille un moment, d’exception, et l’on se prend à espérer… A espérer en fait, que tous puissent espérer aussi.

Beaux chemins d’automne, aux feuilles mortes dorées et aux couleurs de splendeur.

Couleurs, ombres et lumières là-bas

Vendredi, octobre 15th, 2010

Fin de la semaine, avec le poids de ses soucis, de ses tracas, de ses travaux, de ses bonheurs, de ses passages… Vient le temps du repos, même si les bruits de la rue [dans tous les sens du mot] invitent bien à rester en éveil, et il le faut bien. Mais quand même, poser le regard et le coeur sur quelques espaces d’une nature qui restitue au coeur son intégrité et sa part de silence, de beauté… Alors ces photos de là-bas, quelque part dans le Sud-Ouest, du côté de la Dordogne et d’une abbaye où la prière demeure et veille…

Bon week-end !

Désert…

Lundi, mai 10th, 2010

Proverbe touareg : « Le désert, c’est Dieu, le silence c’est sa parole… ». Dans le désert, à goût de sable, la parole résonne, la Parole… de façon unique.

Bracelet vert

Jeudi, juin 18th, 2009

Juste un bracelet vert au poignet. Rien, ou si peu ! Mais ce bracelet dit tout, au poignet des footballers iraniens, qui osent ainsi publiquement dire leur dissidence, leur désapprobation au régime qui broie. Et les foules demeurent tenaces dans les rues chaque jour, aujourd’hui en vert et noir. Ils portent le deuil : le silence et le deuil. C’est leur parole de refus total, et de paix. Ils marchent, et cette marche devient, après les violences initiales, une marche de paix. Si elle prenait !…

Lumières indicibles du couchant

Samedi, avril 11th, 2009

Veille de Pâques, samedi que les Pères de l’Eglise appelaient le Grand Samedi, celui du silence total de la terre, de l’attente. Lumières seulement ici, lumières indicibles de couchant, en évoquant tant d’autres, souvent de clair-obscur dans la vie des hommes et dans l’Histoire, hier, aujourd’hui…

Il est des jours où l’on pressent l’essentiel, pour soi, pour le monde. Parfois quelque chose de l’essentiel de Dieu.

Des mots bleu pétrole, la dernière couleur de Baschung

Lundi, mars 16th, 2009

Les mots peuvent-ils s’éteindre avec la mort d’un chanteur et poète, qui depuis longtemps, d’abord dans le huis-clos de ceux que l’on ne remarque pas, puis au grand jour, éveillait les mots et ouvrait une fenêtre sur le monde, large et parfois abrupte ? Pour beaucoup, la couleur bleu pétrole, la dernière couleur d’Alain Baschung, prend des reflets de tristesse aujourd’hui. Et chacun avec émotion lui rend hommage !

Des voix se lèvent aussi, en France, à Rome, au Brésil… des voix d’évêques et de pasteurs assumant leur devoir de parole face aux mots trop durs du successeur de Don Helder Camara à Récife [cf. La Croix de ce jour, p. 17-18, à la page suivante, Alain Baschung]. Parmis ces mots ceux par exemple aux accents bibliques, de Mgr Grallet, archevêque de Strasbourg : « [...] Le rappel du droit sans la miséricorde n’est qu’une caricature du droit ! », ou encore ceux de Mgr Francis Deniau, évêque de Nevers : « J’attends des hommes d’Eglise, mes frères, qu’ils n’utilisent pas le nom de Dieu pour condamner des personnes ou les enfermer dans la culpabilité. » On pensait cela en silence, il nous en donne les mots. Et ajoute ceci, réflexion qui donnerait aussi à penser ailleurs : « la solidarité entre évêques impose de dire ses désaccords, sinon elle n’est que complicité. »

Trouver des mots justes pour dire la tendresse où elle manqua, pour dénoncer les violences, pour dire la peine des sans-mots, pour éveiller l’espérance dans les coeurs encore saisis par le froid des hivers, des mots pour faire marcher là où les mots ont tué dans l’élan, ou seulement assigné au silence.

Poètes, chercheurs de justice, gens à la parole simple… chacun, placés face à la responsabilité de trouver les mots justes, à inscrire ou à poser, parfois seulement sur le temps d’un silence, sans bruit aucun. Les mots qui tissent de l’humanité la grandissent.

Sur les pas d’Elie (le prophète)

Mardi, février 17th, 2009

J’évoquais hier les Carmes, dont on sait qu’ils se reconnaissent héritiers spirituels du grand prophète biblique Elie (9ème siècle av. J.C., aux abords du Mont… Carmel). Il faut relire dans la Bible les chapitres magnifiques évoquant ce prophète (Premier livre des Rois chapitre 17, jusqu’au chapitre 2 du deuxième livre… mais ils sont courts !). Dans le couvent d’Avon, un lieu de prière aux dimensions très larges mais tout dépouillé porte son nom : oratoire Saint Elie.

Chapelle Saint Elie (Carmes d'Avon)

Chapelle Saint Elie (Carmes d'Avon)

 J’ai voulu vous le montrer ici, dans son dépouillement. Pour le goûter dans cette sobriété, il faut lire en particulier le Premier livre des Rois dans la bible, au chapitre 19, avec éventuellement les deux précédents pour se laisser emporter. Elie est en fuite devant la redoutable reine Jézabel. C’est pourtant un prophète à la parole et à l’audace étonnantes. Il a défié les prophètes des baals, ces divinités païennes associées en Canaan aux cultes de fécondité. Il les a défiés tant et si bien que la Bible sans ambage mais pas sans souffle épique à la manière des chansons de geste, dit qu’il en trucida 450 sans sourciller ! Le même, l’instant d’après, est terrifié devant la menace de Jézabel. A peine croyable. Mais il fuit. Il est surtout dans l’épuisement de sa tâche prophétique qui le met seul contre tous, ce que dit bien le texte étonnant que je viens d’évoquer.

Il fuit son lieu. Du Nord il part plein sud, laisse ses serviteurs et s’enfonce plus encore vers le sud, dans le désert qu’un jour parcoururent Moïse et les Hébreux. Mais là, pas plus valeureux qu’eux, il se couche pour mourir. Mais l’ange le réveille à trois reprises et lui dit : « prends et mange ! ». A son chevet une galette de pain et une gourde d’eau. Alors, fortifié par cette nourriture, il poursuivit le chemin jusqu’à la montagne de Dieu, l’Horeb. Là il verra de véritables bouleversements cosmiques comme ceux qui accompagnaient la manifestation de Dieu tandis que Moïse était sur la montagne. Mais pour lui, c’est dans le souffle d’une brise infime qu’il rencontre son Dieu, qui lui dit : « Que fais-tu là ? ». Et c’est par ce souffle infime, cette « voix de fin silence » (selon la magnifique traduction de Lévinas) qu’il est remis en chemin et replacé dans son ministère de prophète, lui qui de découragement ou d’épuisement, le fuyait !

Chez les carmes d’Avon, dans l’oratoire, un livre de la Parole – une solide bible – sur une table, Parole donnée en nourriture. Une outre suspendue, en bois magnifiquement sculpté, contient la présence de Dieu, en sa forme surprenante, dans le culte chrétien, du peu de pain de l’Eucharistie, présence réelle de Dieu… C’est de cette présence de Dieu que se nourrit le prophète, comme aussi le chrétien. Un bois d’arbre à peine retravaillé et splendide, évoque le Christ ressuscité, les bras en croix ouverts et tout en mouvement.

Christ en gloire - chapelle Saint Elie - Avon

Christ en gloire - chapelle Saint Elie - Avon

Liver de la Parole - chapelle saint Elie

Livre de la Parole - chapelle saint Elie

Nourriture et Présence en chemin

Nourriture et Présence en chemin

 

 

 

 

 

 

 

Tabernacle, lieu de la Présence - chapelle saint Elie

Tabernacle, lieu de la Présence - chapelle saint Elie

Je vous donne ce lieu, en quelques photos. Pour vous soutenir vous aussi dans le voyage – de vos tâches et de votre vie. Oui, en signe de la présence discrète mais indéfectible de Dieu.