Tant d’eau… et de malheur

Mardi, mars 2nd, 2010

Peu envie de commenter tout ce qui s’est passé depuis le week-end sur la côte atlantique, en particulier en Vendée. Je préférais, ces récents jours, le silence. Le malheur ne se commente pas. Bien-sûr, s’interroger sur la gestion de zones inondables. Mais il est tard, et ça ne réparera pas le malheur de beaucoup ; ça pourrait guider la reconstruction. Il le faudra même impérieusement…

Et entendre simplement, dans un étonnement humble, le témoignage [souvent beaucoup plus en gestes qu'en paroles], de ceux qui simplement se retroussent les manches pour apporter un peu de chaleur et de réconfort.

Et l’on porte le regard vers le Chili… Comment souffler la vie ?

Paroles simples sur la beauté – Christian Bobin, à propos d’Etty Hillesum

Samedi, mars 7th, 2009

Je retrouve, sans indications de source, un texte du poète Christian Bobin, sur Etty Hillesum. Je poursuis donc avec ces mots de poète la rélfexion ouverte hier avec un fragment des écrits d’Etty Hillesum, invitant à aller les retrouver au-delà de ces quelques mots ou de ces quelques lignes. Oui, dans le temps de la montée vers Pâques, leur gravité même est chemin, que l’on suit avec frémissement, mais aussi avec gratitude…

…Je me souviens d’un carnet écrit par une juive quelques jours avant sa mort.
Elle est dans un camp de transit.
Hier la vie le travail l’amour.
Aujourd’hui la soif la faim la peur.
Demain rien.
Le train qui l’emmènera vers demain
est sur les rails
vérifié par des mécaniciens scrupuleux.
Le train qui filera dans un demain sans épaisseur
dans un jour sans jour.
Cette femme regarde autour d’elle
et vers le dernier matin
décrit émerveillée le linge des enfants
lavé dans la nuit par les mères
et mis à sécher sur les barbelés.
Elle dit combien cette vue
la réconforte
lui donne un cœur
contre lequel viennent battre
en vain
les aboiements des chiens et les cris des soldats
le souffle lourd des trains plombés.

Laver le linge
pour que l’enfant demain
se sente léger confiant
dans des vêtements frais propres.
Même si demain n’est plus
dans la suite des jours.
Même si demain
ne verra pas le jour.

Il n’y a pas d’autre légèreté
que celle de ces gestes
qui délivrent la vie quotidienne
sans façons sans se poser de questions
comme on peut défaire des nœuds de lacet
doucement lentement
surtout sans impatience
car on ferait aussitôt d’autres nœuds.
Pas d’autre grâce que celle-là
qui est la seule que nous ayons
la vie le quotidien la vie
la vie la vie la vie…

C. Bobin 

En plein hiver, les chiffres qui glacent !

Mardi, février 3rd, 2009

En cette période, les sujets de bonheur ou de  joie sont multiples. Les autres aussi. Avec beaucoup, je partage la joie de l’équipe de France de hand ball, qui vient de pulvériser l’obstacle et de se qualifier, 24-19 contre la Croatie, remportant, 5 mois après la médaille d’or olympique, un troisième titre mondial masculin (après ceux de 1995 et 2001, et celui du championnat d’Europe en 2006). Magnifique équipe des Bleus, habillés en blanc ce dimanche. Oui, toujours les couleurs ! Et ce dimanche, je parlais aussi du Vendée-Globe. Je ne finis pas d’admirer ces hommes… et femme qui traversent ainsi seuls les mers. Et je le confiais aussi, j’ai aussi feuilleté avec bonheur le dernier n° de Pèlerin. Beaucoup de français sont (très) solidaires.

Mais radios et journaux tirent aujourd’hui une sonnette d’alarme. Alerte orange… foncé. Pas seulement pour la météo. Ils nous parlent de ceux qui traversent aussi l’hiver en solitaires et sans provisions. Et ces chiffres donnent froid dans le dos. Un million de personnes en France sont sans logement personnel. 100 000 sont sans domicile, selon des chiffres de 2001 que l’actualité récente ne parvient pas à démentir. Et en 2005, la Fondation Abbé Pierre estimait à 150 000 le nombre de personnes hébergés chez des tiers dans des conditions difficiles, mais elle remonte aujourd’hui au créneau, avec calme et détermination. Le combat du logement est un combat premier. Pour preuve s’il en fallait une par les chiffres, la moyenne des français laisse dans le logement 25% de ses revenus ! Et la Fondation estime (chiffres entendus ce matin de l’un de ses responsables sur une radio) à 3,5 millions le nombre des mal-logés. La Croix consacre aussi aujourd’hui deux pages à la question, rappelant la vulnérabilité des personnes âgées en la matière.

Ainsi ceux qui courent les mers ne sont pas les seuls à faire la traversée sans escale et sans assistance. Cela m’émeut, n’enlevant pas un gramme à mon admiration pour eux. Mais ainsi, ils ne sont pas les seuls à traverser l’épreuve.

Aujourd’hui, j’ai envie de parler de bonheur !

Vendredi, janvier 30th, 2009

Les raisons seraient multiples de parler de choses graves, de celles qui vous tiennent solidement au corps ou au coeur. Celles qui demeurent en tête et semblent ne pas vouloir en bouger, qu’on se lève ou qu’on dorme, que l’on travaille ou que l’on aille simplement son rythme : société, remous de l’économie, interrogations sur des affirmations d’hommes d’Eglise qui blessent en profondeur. Et je feuillette Pèlerin, en ayant vu le titre de cette semaine, mais le mettant momentanément en suspens : « Être heureux c’est possible » (entretien avec Boris Cyrulnik), comme pour attendre d’abord des signes de confirmation.

Je feuillette, et je laisse images et titres, rythme du journal, me porter, plus doucement encore que les navigateurs solitaires du Vendée Globe, qui à l’heure qu’il est, affrontent la vague plus peut-être qu’elle ne les porte. Et je vois des couleurs tendres malgré elles, qui montrent la dévastation des forêts landaises. Peut-être les couleurs tendres sont-elles celles de la nature, qui résiste malgré tout. Peut-être sont-elles dûes au photographe – oui, aussi ! – mais aussi à ces hommes en bleu et en jaune, qui marchent au sol ou en hauteur pour rétablir le contact et la vie.

Je retiens mon souffle ensuite, comme chacun, face aux photos certes lumineuses, qui évoquent le schisme intégriste. Comme chacun, cette question et tout ce qu’elle entraîne, me blesse. Mais vient une page sur les chrétiens de Gaza, et des amis m’ont transmis il y a peu une lettre poignante du curé de Gaza durant les événements. Autre visage de l’Eglise, aux prises avec le monde, et qui forge envers et contre tout de l’espérance. Puis solidarité dans le Nord-Pas de Calais, mon pays. Ils marchent, ils ont du peps ! Puis St Paul Hors-les-Murs, lutte contre le cancer, et le visage très humain de la justice des mineurs, encore dans le Nord (oui, Bienvenue dans ce pays !), où s’est rendu avec passion Benoît Fidelin. Puis Simone Weil, « une âme éprise d’absolu »…

Alors oui, Boris Cyrulnik, OK pour l’option de bonheur annoncée. « Etre heureux, c’est possible », dites-vous ? Au bénéfice du doute, j’accepte d’aller y voir. Et merci aux marcheurs innombrables de ce numéro de Pèlerin ! Ils ont du souffle, et tout en couleurs, m’en donnent.

Pour aller vers Mars, en solitude

Mardi, janvier 27th, 2009

Pour préparer les longues traversées spatiales qui mèneront sur Mars en près de 500 jours, des hommes sont sélectionnés pour tester la semi-solitude et le confinement. La solitude totale peut-être serait plus facile que cette solitude partagée en espace confiné (paradoxalement, quand il s’agit de partir explorer l’espace !). Ils étaient donc 6000 à postuler pour cette expérience insolite mais instauratrice pour l’avenir. C’est un pilote d’Airbus qui a été sélectionné pour ce test de nature particulière : 105 jours en équipe restreinte et en espace confiné. Les activités seront assez nombreuses, choisies elles aussi, en correspondance avec des protocoles et des expériences réalisées en de nombreux pays du monde. 

L’expérience sera très instructive. Elle sera une des étapes sur la route de Mars. Vérifier comment dans l’espace confiné d’une station spatiale on peut tenir en équipe, malgré l’usure des matériels… et des relations.

L’expérience pourrait être élargie sans peine, on le sent. Il est tant d’espaces où le confinement crée du mal-être et peut susciter des conflits. Des observateurs inspirés élargiront peut-être les résultats à d’autres domaines ? Ce serait astucieux aussi. Pour aménager l’espace… au sol !

Sur les traces de…

Mercredi, janvier 7th, 2009

Evoquant routes et déroutes, solidarité et parfois survie, me reviennent ces mots d’Erri De Luca, parlant des grandes courses himalayennes. « La descente, dit-il, fait partie de la montée, elle t’incombe et tu dois l’exécuter avec la même précision, même si c’est avec une moindre dépense d’énergie. […] Dans la descente, on complète le sommet . Ce n’est pas une ligne d’arrivée, le sommet, parce que tu ne t’arrêtes pas là, il te faut descendre…». Et il ajoute ceci : « Aucune ligne d’arrivée n’a de valeur, si tu as laissé derrière toi un alpiniste en difficulté. » [Sur la trace de Nives, Gallimard, 2005, p. 52, 51 et 56, cité dans mon livre Nomades, Bayard, 2008, car ces mots définissent aussi tellement bien le pèlerin !]. Oui, mieux vaut se dérouter.

L’itinérant et la déroute

Mercredi, janvier 7th, 2009

Dans le contexte d’aujourd’hui, de partout, le mot pourrait sonner avec violence. Oui, la déroute, souvent proche, si proche du malheur. Mais les marins eux aussi aujourd’hui ouvrent une voie ou la voie, et donnent au terme un sens heureux, solidaire, qui impressionne et réconcilie un peu avec l’existence.

Le navigateur Jean Le Cam, après son chavirage au large du cap Horn, a passé on le sait des heures noires dans le fond de sa cale retournée, le reste du bâteau prenant l’eau de plus en plus. Un autre concurrent, ce mot qui ne fleure pas très bon la solidarité normalement, s’est dérouté, pour se rendre sur zone et l’appeler depuis son bâteau, dans une mer pourtant formée et forte. Il a tourné plusieurs fois autour de son compagnon parvenu à remonter en surface mais cette fois exposé à la vague. Il a tourné quatre fois, ce qui est beaucoup pour un voilier aux grandes dimensions, quand un homme est à la mer. Et il a pu lui lancer le cordage pour le ramener à bord et le sauver.

Ainsi déroute n’est pas dérive. (suite…)